AdmisConcours

Le régime juridique de l'attribution des logements sociaux

L'attribution des logements locatifs sociaux est régie par les articles L. 441-1 et suivants du Code de la construction et de l'habitation. Le dispositif repose sur des conventions intercommunales d'attribution, des commissions d'attribution (CALEOL) au sein de chaque organisme HLM, et un système de droits de réservation incluant le contingent préfectoral. La transparence est renforcée par le numéro unique d'enregistrement et le système de cotation instauré par la loi ELAN.

L'attribution des logements locatifs sociaux constitue l'un des enjeux majeurs du droit au logement en France. Le législateur a progressivement construit un édifice normatif destiné à garantir la transparence et l'équité dans l'accès au parc social, tout en tenant compte des réalités territoriales. Le Code de la construction et de l'habitation (CCH), notamment dans ses articles L. 441-1 et suivants, fixe les principes directeurs de cette procédure.

Le droit au logement a été consacré comme objectif à valeur constitutionnelle par le Conseil constitutionnel (CC, 19 janvier 1995, n° 94-359 DC, Loi relative à la diversité de l'habitat). Cette décision fondatrice a posé le principe selon lequel la possibilité pour toute personne de disposer d'un logement décent est un objectif que le législateur doit s'efforcer d'atteindre. Ce fondement constitutionnel irrigue l'ensemble du régime d'attribution des logements sociaux.

Les conventions d'attribution : instruments de pilotage intercommunal

La convention intercommunale d'attribution constitue l'outil stratégique par lequel les établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) dotés de la compétence habitat organisent la politique d'attribution sur leur territoire. Prévue à l'article L. 441-1 du CCH, elle détermine les conditions dans lesquelles les critères de priorité sont pris en compte dans les procédures de désignation des candidats et d'attribution des logements sociaux.

Cette convention s'inscrit dans la logique de territorialisation des politiques du logement amorcée par la loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 pour l'accès au logement et un urbanisme rénové (loi ALUR), puis renforcée par la loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 relative à l'égalité et à la citoyenneté. Ces textes ont progressivement transféré le pilotage des attributions du niveau communal vers le niveau intercommunal, afin de lutter contre les phénomènes de ségrégation spatiale et de favoriser la mixité sociale.

À Paris, compte tenu de son statut particulier de commune-département, une convention d'attribution spécifique remplace la convention intercommunale. Elle obéit aux mêmes principes directeurs mais tient compte de l'organisation institutionnelle propre à la capitale.

Les critères de priorité dans l'attribution

L'article L. 441-1 du CCH énumère les catégories de personnes reconnues comme prioritaires pour l'attribution d'un logement social. Parmi ces publics figurent notamment les personnes en situation de handicap, les personnes mal logées ou défavorisées, les personnes hébergées ou logées temporairement, les personnes reprenant une activité après une période de chômage de longue durée, ainsi que les personnes victimes de violences conjugales.

La loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable (loi DALO) a créé un mécanisme permettant aux personnes reconnues prioritaires par une commission de médiation de se voir attribuer un logement dans un délai déterminé. En cas de carence de l'État, le juge administratif peut être saisi et condamner celui-ci à loger le demandeur ou à lui verser une astreinte. Le Conseil d'État a précisé la portée de ce dispositif (CE, 11 octobre 2010, Ministre du logement c/ Mme Salah, n° 338766), en confirmant que le juge du référé-liberté pouvait intervenir en cas d'atteinte grave et manifestement illégale au droit au logement opposable.

La commission d'attribution des logements (CALEOL)

Chaque organisme HLM doit constituer une commission d'attribution des logements et d'examen de l'occupation des logements (CALEOL), conformément à l'article L. 441-2 du CCH. Cette commission est l'instance décisionnaire en matière d'attribution individuelle des logements.

La CALEOL est composée de six membres désignés par le conseil d'administration de l'organisme bailleur, dont un représentant des locataires. Le maire de la commune concernée (ou son représentant) en est membre de droit. Le préfet (ou son représentant) assiste aux séances avec voix consultative. Cette composition vise à garantir un équilibre entre les intérêts du bailleur, ceux des collectivités territoriales et ceux des locataires.

Une disposition spécifique prévue à l'article L. 441-2 du CCH permet la création d'une CALEOL sur demande d'un EPCI, d'un établissement public territorial de la métropole du Grand Paris ou de la commune de Paris, lorsqu'un même organisme dispose de plus de 2 000 logements locatifs sociaux sur le territoire concerné. Ce seuil traduit la volonté du législateur de rapprocher la décision d'attribution du territoire pertinent lorsque le patrimoine du bailleur y atteint une taille significative.

Les droits de réservation et le contingent préfectoral

L'attribution des logements sociaux repose également sur un système de droits de réservation. L'article L. 441-1 du CCH prévoit que le préfet dispose d'un contingent réservataire correspondant à au moins 25 % des logements de chaque organisme HLM situés sur le territoire du département, dont 5 % au bénéfice des agents civils et militaires de l'État. Ce contingent préfectoral constitue le principal levier de l'État pour garantir le logement des publics prioritaires, notamment ceux reconnus au titre du DALO.

Les collectivités territoriales ayant accordé une garantie d'emprunt ou un financement à l'organisme bailleur bénéficient également de droits de réservation, dans la limite de 20 % des logements. Les employeurs contribuant au financement du logement social par le biais d'Action Logement disposent aussi de réservations, pouvant atteindre 25 % du patrimoine.

Le contrôle juridictionnel des attributions

Le juge administratif exerce un contrôle sur les décisions d'attribution et, surtout, de refus d'attribution. Le Conseil d'État a jugé que les décisions de la commission d'attribution sont des actes faisant grief, susceptibles de recours pour excès de pouvoir (CE, 11 juillet 2012, n° 347384). Le requérant peut invoquer l'erreur de droit, l'erreur manifeste d'appréciation ou le détournement de pouvoir.

Le juge vérifie notamment que la commission a respecté les critères de priorité légaux et conventionnels et que le refus d'attribution est fondé sur des motifs légitimes. L'absence de motivation suffisante d'un refus peut constituer un vice de procédure.

L'enjeu de la mixité sociale et de la transparence

La politique d'attribution des logements sociaux poursuit un double objectif de solidarité et de mixité sociale. L'article L. 441-1 du CCH dispose que les attributions doivent notamment favoriser l'égalité des chances des demandeurs et la mixité sociale des quartiers. La loi Égalité et citoyenneté de 2017 a imposé aux bailleurs de consacrer au moins 25 % des attributions réalisées hors des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV) aux demandeurs appartenant au premier quartile de revenus ou relogés dans le cadre d'opérations de renouvellement urbain.

Pour renforcer la transparence, le législateur a institué le système national d'enregistrement (SNE) de la demande de logement social, qui attribue à chaque demandeur un numéro unique départemental ou régional (en Île-de-France). Ce dispositif, prévu aux articles L. 441-2-1 et suivants du CCH, permet de suivre l'ancienneté de la demande et constitue une garantie procédurale essentielle.

La cotation de la demande

Depuis la loi ELAN (loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 portant évolution du logement, de l'aménagement et du numérique), les EPCI tenus d'adopter un programme local de l'habitat et les établissements publics territoriaux de la métropole du Grand Paris doivent mettre en place un système de cotation de la demande de logement social. Ce système, prévu à l'article L. 441-2-8 du CCH, repose sur des critères pondérés rendus publics (taille du logement actuel, ancienneté de la demande, niveau de ressources, éloignement domicile-travail, etc.). Il vise à objectiver le processus d'attribution et à réduire les marges d'appréciation discrétionnaire.

À retenir

  • L'attribution des logements sociaux est encadrée par les articles L. 441-1 et suivants du CCH, avec un pilotage renforcé au niveau intercommunal depuis les lois ALUR (2014) et Égalité et citoyenneté (2017).
  • La convention intercommunale d'attribution fixe les conditions de prise en compte des critères de priorité, tandis que la CALEOL (commission d'attribution) prend les décisions individuelles.
  • Le contingent préfectoral (au moins 25 % des logements) constitue le levier principal de l'État pour loger les publics prioritaires, notamment ceux reconnus au titre du DALO.
  • Le système de cotation de la demande, généralisé par la loi ELAN de 2018, vise à objectiver les attributions en rendant publics les critères de classement.
  • Les décisions de refus d'attribution sont des actes administratifs susceptibles de recours devant le juge administratif.
Partager

Références

  • Art. L. 441-1 du Code de la construction et de l'habitation
  • Art. L. 441-2 du Code de la construction et de l'habitation
  • Art. L. 441-2-1 du Code de la construction et de l'habitation
  • Art. L. 441-2-8 du Code de la construction et de l'habitation
  • CC, 19 janvier 1995, n° 94-359 DC, Loi relative à la diversité de l'habitat
  • CE, 11 octobre 2010, n° 338766, Ministre du logement c/ Mme Salah
  • Loi n° 2007-290 du 5 mars 2007 instituant le droit au logement opposable (DALO)
  • Loi n° 2014-366 du 24 mars 2014 (loi ALUR)
  • Loi n° 2017-86 du 27 janvier 2017 (loi Égalité et citoyenneté)
  • Loi n° 2018-1021 du 23 novembre 2018 (loi ELAN)

Flashcards (7)

3/5 Qu'est-ce que le système de cotation de la demande de logement social instauré par la loi ELAN ?
Un dispositif de classement des demandes fondé sur des critères pondérés rendus publics (ancienneté, ressources, conditions de logement, etc.), prévu à l'article L. 441-2-8 du CCH, visant à objectiver les attributions.

6 flashcard(s) supplémentaire(s)

Utilisez admisconcours.fr gratuitement pour accéder à toutes les flashcards.

QCM

Le contingent préfectoral de logements sociaux représente au minimum :

Le système de cotation de la demande de logement social a été généralisé par :

Parmi les affirmations suivantes concernant la CALEOL, laquelle est exacte ?

Quel est le seuil de logements sociaux détenus par un organisme à partir duquel un EPCI peut demander la création d'une CALEOL spécifique ?

Quelle loi a renforcé le pilotage intercommunal des attributions de logements sociaux en imposant notamment un objectif de 25 % d'attributions hors QPV aux ménages du premier quartile ?

Testez vos connaissances

Évaluez votre maîtrise de Droit du logement et politiques territoriales avec nos QCM interactifs.

Faire le QCM Droit du logement et politiques territoriales
Partager :

Cette fiche vous a été utile ?

Créez un compte gratuit pour accéder aux QCM complets, suivre votre progression et recevoir les notes de préparation.