L'investissement industriel d'Haribo en France (plus de 100 millions d'euros à Uzès) : réindustrialisation, attractivité du territoire et cadre juridique de l'implantation industrielle
Le groupe allemand Haribo, leader européen de la confiserie avec 16 usines dans le monde, a annoncé la construction d'une nouvelle usine à Uzès (Gard), représentant un investissement supérieur à 100 millions d'euros. Ce projet vise à augmenter de 50 % les capacités de production françaises du groupe, avec la création d'environ 30 emplois directs. La filiale française Haribo Ricqlès Zan, présente en France depuis 1967 (Marseille) et 1987 (Uzès), emploie environ 700 salariés sur ses deux sites de production et détient environ 46 % des parts du marché français de la confiserie de sucre, pour un chiffre d'affaires d'environ 370 millions d'euros. Cet investissement intervient dans un contexte particulier : après des années de tensions sociales (plan de départs volontaires en 2016-2017, réductions d'effectifs en 2020 liées à l'ouverture d'une usine en Allemagne), le groupe réaffirme son ancrage territorial dans le Gard. Ce choix s'inscrit dans la dynamique de réindustrialisation française, alors que le Baromètre industriel de l'État publié en mars 2025 affiche un solde net positif de 89 ouvertures et extensions de sites industriels en 2024, en ralentissement par rapport aux 189 ouvertures nettes de 2023. La France demeure, pour la sixième année consécutive, la première destination européenne des investissements directs étrangers, avec 1 025 projets recensés en 2024 et 1 688 décisions d'investissement ayant créé ou maintenu 37 787 emplois.
Le cadre juridique de l'implantation industrielle : la loi Industrie verte du 23 octobre 2023
La loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte constitue le socle législatif de la politique de réindustrialisation. Son titre Ier est consacré aux mesures destinées à faciliter et accélérer les implantations industrielles et à réhabiliter les friches. L'objectif affiché est de diviser par deux les délais d'implantation d'usines, en les faisant passer de 17 à 9 mois, par la parallélisation de l'instruction administrative et de la consultation du public. La loi crée une catégorie de « projets d'intérêt national majeur » (PINM), définis par décret à l'article L. 300-6-2 du code de l'urbanisme, bénéficiant de procédures simplifiées (mise en compatibilité accélérée des documents d'urbanisme, délivrance du permis de construire par l'État, raccordement électrique facilité). Les décrets d'application n° 2024-704 et n° 2024-742 des 5 et 6 juillet 2024 précisent les modalités de ces accélérations procédurales. Le dispositif de la « déclaration de projet » de l'article L. 300-6 du code de l'urbanisme est étendu aux implantations d'industries vertes. Bien qu'un investissement comme celui d'Haribo ne relève pas nécessairement de la catégorie PINM (réservée aux projets contribuant significativement à la transition écologique ou à la souveraineté nationale), il bénéficie du cadre général de simplification administrative mis en place par cette loi.
Attractivité du territoire et intervention des collectivités territoriales
L'implantation industrielle mobilise l'ensemble des niveaux de gouvernance territoriale. La loi Industrie verte renforce le rôle des schémas régionaux (SRADDET) en y intégrant un objectif de développement industriel (article L. 4251-1 du CGCT modifié). L'accord du maire ou du président de l'EPCI, ainsi que du président de région, est requis en amont de la procédure de mise en compatibilité des documents d'urbanisme pour les PINM. Cette articulation entre État et collectivités illustre le principe constitutionnel de libre administration des collectivités territoriales (article 72 de la Constitution), tout en s'inscrivant dans la compétence étatique en matière de politique économique. La stratégie nationale de mobilisation pour le foncier industriel, dotée d'un investissement d'un milliard d'euros de la Banque des Territoires entre 2023 et 2027 pour créer 50 sites « clés en main », complète le dispositif. Le cas d'Haribo à Uzès est révélateur de la coopération historique entre une entreprise industrielle et les autorités locales : le président d'Haribo France a souligné l'impossibilité d'investir sans l'appui de la municipalité et des partenaires institutionnels, ce qui traduit concrètement la gouvernance partenariale promue par les textes.
Les installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) et la conciliation entre industrie et environnement
Toute implantation industrielle de l'ampleur de celle d'Haribo est soumise au régime des installations classées pour la protection de l'environnement, codifié aux articles L. 511-1 et suivants du code de l'environnement. L'autorisation environnementale unique, instituée par l'ordonnance n° 2017-80 du 26 janvier 2017, fusionne l'ensemble des procédures environnementales en un titre unique. La loi Industrie verte modernise ce régime en permettant la conduite simultanée de l'instruction par les services de l'État et de la participation du public, ainsi que la mutualisation de cette participation pour plusieurs projets situés sur un même territoire. Le Conseil d'État a historiquement veillé à l'équilibre entre développement économique et protection de l'environnement dans le cadre du contrôle des autorisations ICPE, en appliquant un contrôle du bilan coûts-avantages. La jurisprudence administrative tend à considérer que l'intérêt économique d'une implantation (emplois créés, dynamisation du territoire) peut justifier certaines atteintes environnementales, sous réserve de mesures compensatoires adéquates. L'industrie agroalimentaire, dont relève Haribo, est par ailleurs soumise à des réglementations spécifiques en matière d'hygiène et de sécurité alimentaire (règlement CE n° 852/2004), qui s'ajoutent au droit de l'urbanisme et de l'environnement.
La politique de réindustrialisation dans le contexte européen et international
L'investissement d'Haribo en France s'inscrit dans une compétition européenne pour l'attractivité industrielle. Au niveau de l'Union européenne, le Net Zero Industry Act (NZIA), adopté dans le prolongement du plan industriel du Pacte vert, vise à renforcer la capacité de production européenne en technologies vertes. La loi Industrie verte française se présente comme une réponse au Inflation Reduction Act (IRA) américain de 2022 et aux plans quinquennaux chinois. Le plan France 2030, doté initialement de 54 milliards d'euros, soutient l'investissement dans les filières stratégiques. Le crédit d'impôt au titre des investissements dans l'industrie verte (C3IV), entré en vigueur en 2024, complète l'arsenal incitatif. Les dispositifs fiscaux préexistants (crédit d'impôt recherche, baisse de l'impôt sur les sociétés, réduction des impôts de production estimée à 20 milliards d'euros par an) participent de l'environnement favorable à l'investissement. Le Sommet Choose France, dont la huitième édition s'est tenue en mai 2025, a mis en lumière 178 projets représentant 47 milliards d'euros d'investissements. Plus de 130 000 emplois industriels ont été créés depuis 2017 selon les chiffres gouvernementaux. Toutefois, le ralentissement observé en 2024 (89 ouvertures nettes contre 189 en 2023) et la hausse des défaillances d'entreprises (+13 % en un an) invitent à nuancer l'optimisme.
Enjeux pour les concours
Le candidat doit maîtriser plusieurs axes de réflexion. En matière de droit administratif, la loi n° 2023-973 du 23 octobre 2023 relative à l'industrie verte est un texte incontournable, notamment ses dispositions sur la simplification des autorisations environnementales, la création des PINM (article L. 300-6-2 du code de l'urbanisme) et la parallélisation des procédures d'instruction et de consultation publique. Le régime des ICPE (articles L. 511-1 et suivants du code de l'environnement) et l'autorisation environnementale unique (ordonnance du 26 janvier 2017) doivent être connus. Sur le plan du droit constitutionnel, la conciliation entre liberté d'entreprendre (dégagée par le Conseil constitutionnel sur le fondement de l'article 4 de la Déclaration de 1789) et protection de l'environnement (article 1er de la Charte de l'environnement de 2004, adossée à la Constitution) structure le contentieux de l'implantation industrielle. Le candidat retiendra que la France est, depuis six années consécutives, la première destination européenne des investissements étrangers, que le Baromètre industriel de l'État fait apparaître un solde net positif mais en ralentissement en 2024, et que la politique de réindustrialisation repose sur une articulation entre incitations fiscales (C3IV, CIR, baisse des impôts de production), simplification administrative (loi Industrie verte) et planification territoriale (SRADDET, foncier industriel « clés en main »). L'investissement d'Haribo illustre concrètement la capacité de la France à attirer des investissements industriels étrangers dans des territoires de taille moyenne, conformément à l'objectif de cohésion territoriale.