Techniques des arts décoratifs : de la matière à l'œuvre
Tour d'horizon des grandes techniques des arts décoratifs (ébénisterie, tapisserie, céramique, textile, métaux, verre, papier), avec leurs distinctions essentielles. Cette fiche fournit le vocabulaire technique fondamental qu'un candidat au concours de Technicien d'art doit savoir manipuler.
Source : Histoire de l'art et des styles — Concours Technicien d'art — Claude Opus
L'ébénisterie : marqueterie, placage et vernis
L'ébénisterie repose sur le principe du placage : une fine feuille de bois précieux (l'ébène à l'origine, puis amarante, palissandre, bois de violette, citronnier) est collée sur un bâti d'essence commune (chêne, sapin). La marqueterie consiste à assembler des éléments de placage de différentes essences, parfois rehaussés d'écaille, de laiton, d'étain ou de nacre, pour composer un décor figuratif ou ornemental. La technique dite Boulle, en partie et contrepartie, débite simultanément deux feuilles superposées (écaille et laiton) pour produire deux meubles complémentaires. La marqueterie de bouquets des ébénistes Louis XV exige jusqu'à plusieurs dizaines d'essences teintées et nuancées au fer chaud. La finition se fait au vernis, parfois à la gomme-laque ou, à l'imitation des laques d'Extrême-Orient, au vernis Martin (XVIIIe siècle).
La tapisserie : haute et basse lice
La tapisserie est un tissu de lice exécuté à partir d'un carton (modèle peint à la grandeur). Le tissage entrelace une chaîne (fils tendus) et une trame (fils colorés en laine, soie, et parfois fils d'or et d'argent) qui ne court pas sur toute la largeur mais uniquement là où la couleur l'exige. La haute lice s'exécute sur métier vertical, le lissier travaillant à l'envers du carton placé derrière lui, qu'il consulte dans un miroir. La basse lice utilise un métier horizontal, le carton glissé sous la chaîne, ce qui accélère le travail. La broderie, distincte, consiste à orner un tissu déjà tissé par des points d'aiguille (au passé empiétant, au point de chaînette, au point de Beauvais, etc.).
La céramique : faïence, porcelaine, grès
Les céramiques se distinguent par la nature de leur pâte et leur cuisson. La faïence (pâte argileuse poreuse cuite à environ 1000 °C, recouverte d'un émail stannifère opaque blanc) atteint son apogée à Rouen, Nevers, Moustiers, Marseille et Strasbourg au XVIIIe siècle. La porcelaine tendre (sans kaolin, à base de fritte vitreuse) imite la porcelaine chinoise dès la fin du XVIIe siècle (Saint-Cloud, Chantilly, Mennecy, Vincennes-Sèvres). La porcelaine dure (à base de kaolin, cuite vers 1400 °C, translucide et sonore) est secret chinois jusqu'à sa redécouverte en Europe à Meissen en 1709, puis en France après la découverte du kaolin de Saint-Yrieix en 1768. Le grès (pâte cuite à très haute température jusqu'à vitrification partielle) est imperméable sans émaillage.
Le textile : tissage, broderie, dentelle
Outre la tapisserie, l'art textile français s'illustre par les soieries lyonnaises, dominées dès le XVIIe siècle puis transformées au XIXe par l'invention du métier Jacquard (1801-1804), qui mécanise la sélection des fils par cartes perforées. La broderie d'or d'Église, la dentelle (Alençon, Argentan, Le Puy, Calais) et la passementerie complètent ce panorama.
Les métaux : orfèvrerie, bronze, dorure
L'orfèvrerie travaille les métaux précieux (or, argent) par des techniques de fonte, de martelage, de repoussé (relief obtenu en frappant l'envers), de ciselage (finition à froid sur l'endroit) et de gravure. Le bronze d'ameublement, pivotal sous Louis XIV à Empire, est obtenu par fonte à la cire perdue ou au sable, puis ciselé et doré au mercure (technique très toxique remplacée au XIXe siècle par la dorure galvanique). Les bronziers les plus célèbres sont Pierre Gouthière (Louis XVI) et Pierre-Philippe Thomire (Empire).
Le verre et le vitrail
Le vitrail médiéval associe verre coloré dans la masse, peinture à la grisaille et plombs assemblés en réseau. Le cristal (verre au plomb très transparent et sonore) est mis au point en Angleterre au XVIIe siècle ; en France, la cristallerie de Saint-Louis (1767) et celle de Baccarat (1764) deviennent les références. Au XIXe et au début du XXe siècle, Gallé, Daum et Lalique renouvellent radicalement les techniques (verres multicouches gravés à l'acide, pâte de verre, verre moulé-pressé).
Le papier : enluminure et reliure
L'enluminure désigne les peintures et ornements (initiales, marges, miniatures) qui décorent les manuscrits médiévaux sur parchemin, exécutés à la détrempe avec des pigments minéraux et de l'or en feuille. La reliure d'art associe couvrure de cuir (maroquin, veau), dorure aux petits fers, mosaïques de cuir, gardes décorées. Les grands relieurs vont des Eve sous Henri IV à Padeloup et Derome au XVIIIe siècle, jusqu'à Pierre Legrain et Rose Adler à l'époque Art déco.
À retenir
- L'ébénisterie repose sur le placage et la marqueterie, sur un bâti d'essence commune ; la marqueterie Boulle combine écaille et laiton.
- La tapisserie se distingue de la broderie : la tapisserie est tissée, la broderie est appliquée à l'aiguille sur un tissu existant.
- La faïence est une pâte poreuse cuite à environ 1000 °C, recouverte d'émail stannifère ; la porcelaine dure suppose le kaolin et une cuisson à environ 1400 °C.
- Les bronzes d'ameublement sont historiquement dorés au mercure ; Gouthière et Thomire sont les bronziers de référence.
- Les techniques propres à chaque matériau imposent des spécialités strictes des métiers d'art : ébéniste, lissier, faïencier, porcelainier, orfèvre, bronzier, doreur, verrier, enlumineur, relieur.