Art nouveau et Art déco : ruptures et héritages
L'Art nouveau (1890-1910) cherche un style total inspiré de la nature et du japonisme, dont l'école de Nancy est le foyer français. L'Art déco, consacré par l'Exposition de 1925, lui répond par la géométrie, le luxe des matériaux et un classicisme moderne.
Source : Histoire de l'art et des styles — Concours Technicien d'art — Claude Opus
L'Art nouveau, une rupture organique (vers 1890-1910)
L'Art nouveau s'impose en Europe dans la dernière décennie du XIXe siècle comme la première grande rupture stylistique depuis le gothique. Refusant aussi bien le pastiche éclectique que l'académisme, il cherche un style total capable d'unifier architecture, mobilier, luminaire, papier peint, bijou et reliure dans une même vision. Sa source d'inspiration majeure est la nature, traduite par la ligne courbe, le coup de fouet, les motifs floraux, les insectes et les figures féminines aux longues chevelures. Il est aussi profondément marqué par la découverte du japonisme (estampes d'Hokusai, Hiroshige) qui circulent à Paris depuis l'ouverture du Japon en 1868.
En France, l'Art nouveau prend deux visages. À Paris, Hector Guimard signe les célèbres entrées de métro en fonte (1900) et l'École de Paris regroupe des décorateurs comme Eugène Gaillard. À Nancy, l'école de Nancy, fondée en 1901 autour d'Émile Gallé, des frères Daum, de Louis Majorelle et d'Eugène Vallin, donne sa pleine mesure à l'art du verre (verreries multicouches, gravées à l'acide) et de la marqueterie de bois. À l'étranger, le mouvement prend les noms de Jugendstil (Allemagne), Modernismo (Catalogne, Gaudí), Sezessionstil (Vienne, Klimt, Hoffmann), Liberty (Italie), Modern Style (Royaume-Uni).
L'Art déco, retour à l'ordre (vers 1910-1939)
L'Art déco succède à l'Art nouveau après un bref intermède et triomphe à l'Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris en 1925, qui lui donnera rétrospectivement son nom. Réaction contre l'exubérance organique de l'Art nouveau, il prône un retour à la géométrie, à la symétrie, aux volumes nets et à un classicisme épuré. Les formes s'inspirent du cubisme, des arts non occidentaux (Égypte ancienne, Afrique, civilisations précolombiennes redécouvertes après les grandes fouilles), du machinisme et de la vitesse moderne.
Les matériaux changent : on privilégie les bois précieux exotiques (palissandre, ébène de Macassar, amarante, sycomore), les laques (Jean Dunand), le galuchat (peau de raie), l'ivoire, les métaux nickelés et chromés, le verre dépoli (René Lalique). L'ébéniste Émile-Jacques Ruhlmann incarne le luxe Art déco par excellence, tandis que des décorateurs comme Süe et Mare, Dunand, Jean Puiforcat (orfèvrerie) et Eileen Gray dessinent un univers cohérent. En architecture, l'Art déco s'exprime au Palais de Chaillot, au Théâtre des Champs-Élysées (Auguste Perret, 1913) ou aux gratte-ciels new-yorkais (Chrysler Building).
Continuités et oppositions
Malgré leur opposition esthétique apparente (courbe contre ligne droite, nature contre géométrie), Art nouveau et Art déco partagent une même ambition : réconcilier l'art et l'industrie, élever les arts décoratifs au rang des beaux-arts, et créer un style total englobant l'architecture, le mobilier et l'objet quotidien. Ils participent du même grand mouvement de revalorisation des arts appliqués ouvert par l'Arts and Crafts, mais aboutissent à des solutions formelles inverses.
À retenir
- L'Art nouveau (vers 1890-1910) puise dans la nature et le japonisme, privilégie la ligne courbe, le coup de fouet et les motifs végétaux.
- L'école de Nancy (Gallé, Daum, Majorelle, Vallin), fondée en 1901, est le grand foyer français de l'Art nouveau, spécialisé dans le verre et la marqueterie.
- L'Art déco triomphe à l'Exposition internationale de 1925 à Paris, qui lui donne son nom.
- L'Art déco privilégie la géométrie, les bois exotiques, le galuchat, la laque, et les figures comme Ruhlmann, Lalique, Dunand, Puiforcat.
- Les deux styles partagent une même volonté d'art total et de revalorisation des arts décoratifs.