Les styles du XIXe siècle : du néoclassicisme à l'éclectisme
Le XIXe siècle est traversé par une succession rapide de styles : néoclassicisme/Empire, romantisme et néogothique, éclectisme du Second Empire. Il s'achève sur la révolution conceptuelle de l'Arts and Crafts, qui redonne dignité aux arts décoratifs et prépare l'Art nouveau.
Source : Histoire de l'art et des styles — Concours Technicien d'art — Claude Opus
Le néoclassicisme et le style Empire
Le XIXe siècle s'ouvre sous le signe d'un néoclassicisme déjà mûr, hérité du règne de Louis XVI et porté à son apogée politique sous le Consulat puis l'Empire (1799-1815). Napoléon Ier en fait un instrument de propagande : ses architectes officiels Charles Percier et Pierre Fontaine dessinent un répertoire ornemental où dominent les motifs égyptisants (rapportés de la campagne d'Égypte), les abeilles, les aigles, les couronnes de laurier et les références à la Rome impériale. Le mobilier Empire, en acajou massif rehaussé de bronzes dorés au mercure, affiche une rigueur géométrique et une majesté froide. David en peinture, Canova en sculpture, illustrent ce classicisme triomphant.
Le romantisme
À partir des années 1820, le romantisme réagit contre la froideur néoclassique en exaltant la passion, le mouvement, la couleur et le sentiment du sublime. Géricault (Le Radeau de la Méduse, 1819) puis Delacroix (La Liberté guidant le peuple, 1830) en sont les figures majeures. Le romantisme nourrit aussi un goût pour le Moyen Âge redécouvert, théorisé par Chateaubriand (Génie du christianisme) et incarné par les restaurations de Viollet-le-Duc (Notre-Dame de Paris, Carcassonne, Pierrefonds). Ce néogothique inspire mobilier, orfèvrerie religieuse et arts du livre.
L'éclectisme et le style Second Empire
Le règne de Napoléon III (1852-1870) consacre l'éclectisme, qui puise simultanément dans tous les styles historiques : néo-Renaissance, néo-Louis XV, néo-Louis XVI, néogothique, néo-Pompéien. L'Opéra de Paris de Charles Garnier (1861-1875) en est le manifeste : profusion ornementale, polychromie, marbres, bronzes, mosaïques. Les arts décoratifs connaissent un essor considérable porté par les Expositions universelles (1855, 1867, 1878, 1889, 1900), qui font de Paris la capitale mondiale du luxe.
Le mouvement Arts and Crafts
En Angleterre, à partir des années 1860, William Morris et le critique John Ruskin lancent le mouvement Arts and Crafts en réaction contre la laideur supposée de la production industrielle et la dévalorisation du travail manuel. Morris prône le retour à l'artisanat, à la qualité d'exécution, à l'unité de l'art et de la vie quotidienne, et à l'inspiration médiévale. Le mouvement valorise les arts décoratifs (papiers peints, textiles, vitraux, mobilier, reliure) au même rang que les beaux-arts. Il prépare directement l'Art nouveau et inspire en France les théoriciens de l'Union centrale des arts décoratifs, créée en 1882, qui donnera naissance au Musée des Arts décoratifs.
À retenir
- Le style Empire (1804-1815), défini par Percier et Fontaine, mêle Antiquité romaine et motifs égyptisants au service de la propagande napoléonienne.
- Le romantisme des années 1820-1840 exalte la passion, la couleur et redécouvre le Moyen Âge ; Viollet-le-Duc en est le grand restaurateur.
- Le Second Empire (1852-1870) est l'âge d'or de l'éclectisme, qui cite tous les styles passés et culmine à l'Opéra Garnier.
- William Morris fonde en Angleterre l'Arts and Crafts, défense de l'artisanat et préfiguration de l'Art nouveau.
- L'Union centrale des arts décoratifs, créée en 1882, témoigne en France de la revalorisation institutionnelle des arts appliqués.