Les grandes figures et expériences historiques de la désobéissance civile
De Gandhi en Afrique du Sud (1906) à Martin Luther King aux États-Unis, la désobéissance civile a produit des transformations juridiques et sociales majeures. En France, le Manifeste des 343 (1971), le Larzac et les actions en faveur des sans-papiers illustrent cette tradition, prolongée par les mouvements écologistes contemporains.
Gandhi et la naissance du Satyagraha
La première campagne délibérément conçue et théorisée comme désobéissance civile est celle menée par Gandhi à partir de 1906-1907 en Afrique du Sud contre les lois raciales discriminant la communauté indienne. Gandhi élabore le concept de Satyagraha (littéralement « la force de la vérité » ou « l'étreinte de la vérité »), qui dépasse la simple résistance passive pour devenir une philosophie d'action complète.
Les principes du Satyagraha s'articulent autour de règles strictes : ne jamais répondre à la violence, ne pas agir sous l'emprise de la colère, supporter la colère et la violence de l'adversaire sans y répondre, refuser de se soumettre à un ordre émis sous le coup de la colère, mais accepter volontairement l'arrestation. Gandhi prolonge cette action en Inde avec des épisodes majeurs comme la Marche du sel de 1930, au cours de laquelle des milliers d'Indiens marchèrent vers la mer pour fabriquer du sel en violation du monopole britannique. Cette campagne contribua à délégitimer le pouvoir colonial et aboutit à l'indépendance de l'Inde en 1947.
Le mouvement des droits civiques aux États-Unis
Martin Luther King, pasteur baptiste, s'inscrit directement dans l'héritage de Gandhi et de Thoreau pour mener le mouvement des droits civiques des Noirs américains à partir des années 1950. Le boycott des bus de Montgomery (1955-1956), déclenché par le refus de Rosa Parks de céder sa place à un passager blanc, constitue l'une des premières grandes actions de désobéissance civile de ce mouvement.
Les sit-in dans les restaurants ségrégués, les Freedom Rides et la marche de Selma à Montgomery en 1965 relèvent de la même logique. Ces actions aboutirent à des avancées juridiques majeures : la Cour suprême des États-Unis déclara illégale la ségrégation raciale dans les autobus, les restaurants, les écoles, les universités et tous les lieux publics. Le Civil Rights Act de 1964 et le Voting Rights Act de 1965 furent adoptés sous cette pression.
D'autres expériences internationales
La désobéissance civile s'est manifestée sous d'autres formes à travers le monde. Les militants pacifistes américains opposés à la guerre du Viêt Nam dans les années 1960-1970 refusèrent la conscription et brûlèrent publiquement leurs ordres de mobilisation. Les Grands-mères de la place de Mai à Buenos Aires, à partir de 1977, manifestèrent chaque semaine sur la place centrale pour retrouver la trace des personnes disparues sous la dictature militaire argentine, défiant silencieusement le régime.
En Afrique du Sud, le mouvement anti-apartheid recourut également à la désobéissance civile, notamment avec la Defiance Campaign de 1952 organisée par l'ANC, au cours de laquelle des milliers de personnes violèrent délibérément les lois de ségrégation raciale. En Pologne, le mouvement Solidarność (Solidarité), fondé en 1980, utilisa la grève et la résistance non violente pour contester le régime communiste.
Les expériences françaises
La France offre plusieurs exemples significatifs de désobéissance civile. De 1971 à 1975, des actions successives préparèrent le terrain pour la légalisation de l'avortement. La publication du Manifeste des 343 en avril 1971 dans Le Nouvel Observateur, dans lequel 343 femmes déclaraient publiquement avoir avorté, constitua un acte de désobéissance civile caractérisé. La déclaration publique de médecins affirmant avoir pratiqué des avortements en violation de la loi pénale participa du même mouvement. Le procès de Bobigny en 1972, où l'avocate Gisèle Halimi défendit une mineure poursuivie pour avortement, transforma le prétoire en tribune politique. Ces actions créèrent un terrain favorable dans l'opinion publique à l'adoption de la loi Veil du 17 janvier 1975.
La défense du plateau du Larzac (1971-1981) contre l'extension d'un camp militaire mobilisa des paysans et des militants non violents pendant une décennie. Les actions contre le traitement des déchets nucléaires, les occupations d'immeubles pour promouvoir le droit au logement (mouvement DAL, Droit au logement) et le Manifeste des délinquants de la solidarité en faveur des étrangers en situation irrégulière sont autant d'exemples revendiqués au titre de la désobéissance civile.
Plus récemment, les actions des « faucheurs volontaires » d'OGM, menées notamment par José Bové à partir de 1997, et les mouvements de désobéissance civile liés à l'urgence climatique (blocages de sites, actions d'Extinction Rebellion ou d'ANV-COP21) ont renouvelé les formes de cette pratique.
À retenir
- Gandhi (à partir de 1906) et Martin Luther King (années 1950-1960) sont les deux figures majeures de la désobéissance civile dans l'histoire contemporaine.
- Le Satyagraha de Gandhi repose sur la non-violence absolue et l'acceptation volontaire de la sanction.
- Le mouvement des droits civiques américains a abouti au Civil Rights Act (1964) et au Voting Rights Act (1965).
- En France, le Manifeste des 343 (1971) et le combat du Larzac (1971-1981) sont des exemples emblématiques.
- La désobéissance civile a connu un renouveau avec les mouvements écologistes (faucheurs d'OGM, lutte climatique).