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Le statut de réfugié : définition, droits et protection subsidiaire

Le statut de réfugié, fondé sur la Convention de Genève et le Préambule de 1946, ouvre des droits étendus (carte de résident de dix ans, réunification familiale, accès aux prestations sociales, naturalisation facilitée). La protection subsidiaire, créée en 2003, offre un statut complémentaire aux personnes exposées à des risques graves ne relevant pas de la Convention de Genève.

La définition conventionnelle et constitutionnelle du réfugié

Le droit d'asile en France repose sur deux fondements complémentaires. D'une part, la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés, complétée par le Protocole de New York du 31 janvier 1967, définit le réfugié comme toute personne craignant avec raison d'être persécutée en raison de sa race, sa religion, sa nationalité, son appartenance à un certain groupe social ou ses opinions politiques, et qui se trouve hors de son pays de nationalité sans pouvoir ou vouloir s'en réclamer la protection. D'autre part, le Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946, auquel renvoie la Constitution de 1958, consacre l'asile constitutionnel au bénéfice de toute personne persécutée en raison de son action en faveur de la liberté. Le Conseil constitutionnel a érigé le droit d'asile en principe à valeur constitutionnelle (CC, 13 août 1993, n° 93-325 DC).

Le CESEDA (articles L. 511-1 et suivants) unifie ces deux fondements en précisant que la qualité de réfugié est reconnue tant sur le fondement conventionnel que constitutionnel. Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), créé en 1950, exerce en outre un mandat de protection internationale et peut recommander la reconnaissance du statut.

Un élément important de l'évolution du droit de l'asile tient à la prise en compte des acteurs non étatiques de persécution. La qualité de réfugié est reconnue indépendamment de l'identité de l'auteur des persécutions : celui-ci peut être un agent étatique, un parti, une organisation ou un acteur privé, dès lors que les autorités du pays d'origine ne sont pas en mesure d'offrir une protection effective. Cette approche a été consacrée par la directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 (dite directive "Qualification") et reprise dans le CESEDA.

Les droits attachés au statut de réfugié

La reconnaissance du statut de réfugié ouvre un ensemble de droits destinés à garantir l'intégration effective de la personne protégée. Le réfugié bénéficie de la délivrance de plein droit d'une carte de résident valable dix ans, renouvelable de plein droit (article L. 524-1 CESEDA). Cette carte autorise l'exercice de toute activité professionnelle salariée ou indépendante.

Le droit à la réunification familiale constitue un autre pilier essentiel. Contrairement au regroupement familial de droit commun, la réunification familiale du réfugié obéit à des règles dérogatoires plus favorables, prévues aux articles L. 561-2 et suivants du CESEDA. La loi du 10 septembre 2018 pour une immigration maîtrisée, un droit d'asile effectif et une intégration réussie a supprimé la condition de régularité du séjour pour les conjoints, partenaires d'union civile et ascendants directs du réfugié qui demandent une carte de résident.

Le réfugié a également accès aux prestations sociales et familiales dans les mêmes conditions que les nationaux, conformément à l'article 23 de la Convention de Genève. Il bénéficie de la protection universelle maladie (PUMa), qui a remplacé la couverture maladie universelle (CMU) depuis le 1er janvier 2016. Enfin, l'accès à la nationalité française est facilité : l'article 21-19 du Code civil dispense le réfugié de la condition de stage de cinq ans normalement requise pour la naturalisation.

La protection subsidiaire : un statut complémentaire

Lorsqu'une personne ne satisfait pas aux critères de la Convention de Genève, elle peut néanmoins se voir octroyer la protection subsidiaire si elle établit être exposée dans son pays d'origine à l'un des risques suivants : la peine de mort, la torture ou des peines ou traitements inhumains ou dégradants, ou encore, pour un civil, une menace grave et individuelle contre sa vie en raison d'une violence généralisée résultant d'un conflit armé interne ou international. Cette protection, créée par la loi du 10 décembre 2003, transpose la directive européenne Qualification.

La Cour de justice de l'Union européenne a précisé la notion de menace grave et individuelle dans l'arrêt CJUE, 17 février 2009, Elgafaji, C-465/07, en jugeant que le degré de violence aveugle peut être tel que le demandeur n'a pas à démontrer qu'il est personnellement visé.

Le bénéficiaire de la protection subsidiaire se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans, délivrée gratuitement et autorisant l'exercice d'une activité professionnelle. Dans l'attente de cette carte, un récépissé de six mois autorisant le travail est remis dans un délai de huit jours après présentation en préfecture. La famille du bénéficiaire (conjoint si le mariage est antérieur à l'obtention du statut ou célébré depuis au moins un an, enfants mineurs) bénéficie également d'une carte de séjour pluriannuelle de quatre ans délivrée gratuitement.

À retenir

  • Le statut de réfugié repose sur un double fondement : la Convention de Genève de 1951 (cinq motifs de persécution) et le Préambule de 1946 (action en faveur de la liberté).
  • Le réfugié obtient une carte de résident de dix ans, le droit au travail, la réunification familiale facilitée et un accès simplifié à la nationalité.
  • La protection subsidiaire couvre les risques de peine de mort, torture, traitements inhumains ou menace grave liée à un conflit armé.
  • Les persécutions d'acteurs non étatiques sont prises en compte si l'État d'origine ne peut assurer une protection effective.
  • L'arrêt Elgafaji (CJUE, 2009) a précisé que la violence aveugle peut suffire à caractériser la menace individuelle.
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Références

  • Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés
  • Protocole de New York du 31 janvier 1967
  • Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946
  • CC, 13 août 1993, n° 93-325 DC
  • Directive 2011/95/UE du 13 décembre 2011 (directive Qualification)
  • CJUE, 17 février 2009, Elgafaji, C-465/07
  • Loi n° 2003-1176 du 10 décembre 2003
  • Loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018
  • Art. L. 511-1 et s. CESEDA
  • Art. L. 524-1 CESEDA
  • Art. L. 561-2 et s. CESEDA
  • Art. 21-19 Code civil

Flashcards (7)

3/5 Comment la loi du 10 septembre 2018 a-t-elle facilité la réunification familiale des réfugiés ?
Elle a supprimé la condition de régularité du séjour pour les conjoints, partenaires d'union civile et ascendants directs du réfugié qui demandent une carte de résident.

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QCM

Dans quel arrêt la CJUE a-t-elle précisé que la violence aveugle peut suffire à caractériser la menace individuelle au sens de la protection subsidiaire ?

Les persécutions commises par un acteur non étatique peuvent-elles fonder la reconnaissance du statut de réfugié ?

Quelle carte de séjour est délivrée de plein droit au réfugié statutaire ?

Quelle décision a érigé le droit d'asile en principe à valeur constitutionnelle ?

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