Le droit au procès équitable : fondements et composantes
Le procès équitable repose sur des sources internationales (PIDCP, Convention EDH) et internes (article 16 DDHC, jurisprudence constitutionnelle et judiciaire). Ses composantes essentielles sont la présomption d'innocence, le droit d'accès à un juge indépendant et impartial, et l'ensemble des garanties procédurales qui protègent les droits de la personne poursuivie ou partie au litige.
Le droit au procès équitable constitue l'une des garanties les plus essentielles de l'État de droit. Il irrigue l'ensemble du droit processuel, tant en matière civile que pénale ou administrative, et trouve ses sources dans le droit international comme dans le droit interne.
Les sources internationales du procès équitable
Le principe du procès équitable a d'abord été consacré en droit international dans le contexte du procès pénal. L'article 14 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) du 16 décembre 1966 proclame le droit de toute personne à ce que sa cause soit entendue équitablement et publiquement par un tribunal compétent, indépendant et impartial, établi par la loi. Ce texte énumère les garanties constitutives du procès équitable : présomption d'innocence, droit d'être informé de l'accusation dans une langue comprise, droit à des délais suffisants pour préparer sa défense, droit à l'assistance d'un avocat (y compris gratuite selon la situation), droit de faire entendre des témoins et d'être confronté à eux, droit de ne pas s'auto-incriminer, droit à un interprète, droit d'exercer des voies de recours, application du principe ne bis in idem, et protection spécifique des mineurs.
L'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 reprend et élargit cette protection. Contrairement au PIDCP qui vise principalement le procès pénal, l'article 6 couvre aussi les contestations relatives aux droits et obligations de caractère civil. Il ajoute l'exigence d'un délai raisonnable et organise les conditions dans lesquelles le huis clos peut être ordonné : intérêt de la moralité, de l'ordre public, de la sécurité nationale, protection des mineurs ou de la vie privée des parties.
La Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 posait déjà, en ses articles 10 et 11, les principes d'un procès équitable et public devant un tribunal indépendant et impartial, ainsi que la présomption d'innocence. À l'échelle de l'Union européenne, l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne garantit le droit à un recours effectif et à un tribunal impartial.
Les fondements en droit interne
En droit français, le droit au procès équitable ne figure pas expressément dans la Constitution de 1958. Le Conseil constitutionnel l'a néanmoins progressivement dégagé à partir de plusieurs normes de valeur constitutionnelle. Il a consacré le droit d'exercer un recours effectif devant une juridiction, rattaché à l'article 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, qui dispose que toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée ni la séparation des pouvoirs déterminée n'a point de constitution. Le Conseil constitutionnel a également reconnu les droits de la défense comme principe fondamental reconnu par les lois de la République (CC, 2 décembre 1976, n° 76-70 DC).
La Cour de cassation, statuant en assemblée plénière le 30 juin 1995, a consacré le droit d'accès au juge quelle que soit la valeur de la prétention, reconnaissant ainsi la portée générale de ce principe. Le Conseil d'État a, de son côté, reconnu que le droit à un recours effectif constitue une garantie fondamentale, et applique les exigences de l'article 6 de la Convention européenne aux procédures administratives lorsqu'elles portent sur des droits et obligations de caractère civil ou sur des accusations en matière pénale (CE, Ass., 14 février 1996, Maubleu).
La présomption d'innocence
Pierre angulaire du procès pénal équitable, la présomption d'innocence signifie que la charge de la preuve pèse sur l'accusation et que le doute doit profiter à l'accusé (in dubio pro reo). Cette présomption est consacrée par l'article 9 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, par l'article 6 § 2 de la Convention européenne et par l'article préliminaire du Code de procédure pénale.
La jurisprudence de la Cour européenne des droits de l'homme précise que la présomption d'innocence ne cesse pas en appel du seul fait d'une condamnation en première instance (CEDH, 25 mars 1983, Minelli c. Suisse). Après un acquittement ou un abandon des poursuites, les agents et autorités publics ne peuvent traiter la personne comme coupable. La présomption d'innocence éclaire l'ensemble du processus pénal, de l'enquête au jugement définitif.
En droit interne, la loi du 15 juin 2000 renforçant la protection de la présomption d'innocence et les droits des victimes a inscrit ce principe à l'article préliminaire du Code de procédure pénale et a créé des mécanismes permettant de lutter contre les atteintes médiatiques à la présomption d'innocence (article 9-1 du Code civil).
Le droit d'accès à un juge indépendant et impartial
L'accès à un tribunal constitue un droit fondamental, mais il n'est pas absolu. La Cour européenne admet des limitations pourvu qu'elles poursuivent un but légitime et respectent un rapport raisonnable de proportionnalité (CEDH, 21 février 1975, Golder c. Royaume-Uni). L'indépendance du juge doit être garantie à l'égard des parties, du pouvoir exécutif, mais aussi des pouvoirs économiques, sociaux et médiatiques.
L'impartialité comporte deux dimensions dégagées par la jurisprudence européenne (CEDH, 1er octobre 1982, Piersack c. Belgique). L'impartialité subjective, présumée jusqu'à preuve du contraire, concerne les convictions personnelles du juge. L'impartialité objective exige que le tribunal offre des garanties suffisantes pour exclure tout doute légitime. C'est un principe général du droit applicable à toute phase procédurale impliquant l'intervention d'un juge, y compris les phases d'instruction et de mise en état.
À retenir
- Le droit au procès équitable est garanti par l'article 14 du PIDCP, l'article 6 de la Convention EDH, l'article 47 de la Charte des droits fondamentaux de l'UE et, en droit interne, par l'article 16 de la DDHC de 1789 tel qu'interprété par le Conseil constitutionnel.
- La présomption d'innocence impose que la charge de la preuve repose sur l'accusation et que le doute profite à l'accusé, de l'enquête au jugement définitif.
- L'indépendance du juge doit être assurée vis-à-vis de toutes les formes de pouvoir (exécutif, économique, médiatique).
- L'impartialité revêt une dimension subjective (convictions du juge) et une dimension objective (apparences de garanties suffisantes).
- Le droit d'accès au juge a été consacré dans sa portée générale par la Cour de cassation en assemblée plénière le 30 juin 1995.