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Piloter, mobiliser et évaluer : les savoir-faire opérationnels du manager public

Les savoir-faire du manager public s'articulent autour du pilotage (objectifs, indicateurs), de la mobilisation (leviers spécifiques au secteur public), de l'évaluation (entretien professionnel) et de compétences transversales comme la gestion du temps et la conduite de réunion. Ces pratiques s'exercent dans un cadre réglementaire précis.

Le pilotage comme fonction structurante

Piloter une équipe dans la fonction publique consiste à définir des objectifs, organiser les moyens et suivre les résultats dans le respect du cadre budgétaire et réglementaire. Cette fonction a été considérablement renforcée par l'introduction de la culture de la performance issue de la LOLF. Le manager public doit désormais traduire les objectifs stratégiques de sa structure en objectifs opérationnels pour son équipe, en s'appuyant sur des indicateurs de suivi pertinents.

Le pilotage suppose la maîtrise de plusieurs compétences : la définition d'objectifs SMART (spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes, temporellement définis), la construction de tableaux de bord, la conduite de projets et le reporting auprès de la hiérarchie. Dans les collectivités territoriales, la mise en place de la gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC) a donné au pilotage RH une dimension stratégique que les managers intermédiaires doivent intégrer.

La mobilisation des agents, un défi spécifique au secteur public

Mobiliser ses collaborateurs dans la fonction publique présente des particularités liées au statut. Les leviers de motivation traditionnels du secteur privé (augmentations individuelles, bonus, stock-options) sont largement absents. Le manager public doit donc mobiliser d'autres ressorts : le sens de la mission de service public, la reconnaissance professionnelle, l'autonomie dans l'organisation du travail, les perspectives de carrière et la qualité de vie au travail.

La théorie des deux facteurs de Frederick Herzberg (1959) offre un cadre d'analyse particulièrement éclairant. Herzberg distingue les facteurs d'hygiène (conditions de travail, rémunération, sécurité de l'emploi), dont l'absence génère de l'insatisfaction, et les facteurs de motivation (accomplissement, responsabilité, reconnaissance), qui génèrent de la satisfaction. Dans la fonction publique, les facteurs d'hygiène sont généralement satisfaits (sécurité de l'emploi, conditions matérielles encadrées), mais les facteurs de motivation méritent une attention particulière du manager.

La pyramide des besoins d'Abraham Maslow (1943), bien que critiquée pour son caractère linéaire, reste un repère utile. Elle hiérarchise les besoins humains en cinq niveaux : physiologiques, de sécurité, d'appartenance, d'estime et d'accomplissement. Le manager public intervient principalement sur les trois niveaux supérieurs.

L'évaluation professionnelle, entre obligation statutaire et outil managérial

L'entretien professionnel annuel a remplacé la notation administrative dans la fonction publique. Cette réforme, généralisée par la loi du 27 janvier 2014 puis confirmée par la loi du 6 août 2019, a transformé l'évaluation en un véritable outil de management. L'entretien professionnel est conduit par le supérieur hiérarchique direct et porte sur les résultats obtenus, les objectifs de l'année à venir, les besoins de formation et les perspectives de carrière.

Le Conseil d'État a précisé le régime contentieux de l'entretien professionnel, en jugeant que le compte rendu constitue une décision faisant grief susceptible de recours pour excès de pouvoir (CE, 13 décembre 2017, n° 401799). Le manager doit donc être rigoureux dans la conduite et la rédaction du compte rendu, qui peut avoir des conséquences sur l'avancement et la carrière de l'agent.

L'évaluation ne se limite pas à l'entretien annuel. Le manager exerce une évaluation continue à travers le suivi quotidien de l'activité, les bilans intermédiaires et les entretiens ponctuels. La fiche de poste, document de référence qui décrit les missions et les compétences attendues, constitue le support indispensable de cette évaluation.

La gestion du temps et l'organisation du travail

La gestion du temps dans la fonction publique obéit à des règles spécifiques. Le décret du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'État fixe la durée annuelle de travail effectif à 1 607 heures (35 heures hebdomadaires). Des régimes dérogatoires existent pour certains corps et emplois (sujétions particulières, travail de nuit, astreintes).

Le développement du télétravail, encadré par le décret du 11 février 2016 puis assoupli après la crise sanitaire de 2020, a profondément modifié les pratiques managériales. L'accord-cadre relatif au télétravail dans la fonction publique du 13 juillet 2021 a posé les principes d'un déploiement pérenne. Le manager doit désormais piloter des équipes en mode hybride (présentiel et distanciel), ce qui requiert une adaptation des méthodes de suivi et de communication.

La matrice d'Eisenhower, qui classe les tâches selon leur degré d'urgence et d'importance, reste un outil pertinent pour le manager public confronté à de multiples sollicitations. Elle invite à distinguer les tâches urgentes et importantes (à traiter immédiatement), importantes mais non urgentes (à planifier), urgentes mais non importantes (à déléguer) et ni urgentes ni importantes (à éliminer).

La conduite de réunion, compétence transversale

La réunion est un outil de management essentiel mais souvent critiqué pour son caractère chronophage. Le manager public doit maîtriser les techniques d'animation de réunion : définir un ordre du jour précis, inviter les personnes strictement nécessaires, respecter les horaires, distribuer la parole de manière équitable, produire un compte rendu synthétique et assurer le suivi des décisions.

Dans la fonction publique, certaines réunions sont institutionnalisées et obéissent à des règles de composition et de procédure spécifiques : réunions de service, réunions de direction, instances de dialogue social (comités sociaux, formations spécialisées en matière de santé, de sécurité et de conditions de travail). Le manager doit connaître ces cadres pour y participer efficacement.

À retenir

  • Le pilotage repose sur la définition d'objectifs SMART, la construction de tableaux de bord et le suivi des indicateurs de performance.
  • La mobilisation des agents publics s'appuie sur des leviers spécifiques (sens du service public, reconnaissance, autonomie) en l'absence des incitations financières du privé.
  • L'entretien professionnel annuel est un acte managérial majeur dont le compte rendu constitue une décision faisant grief (CE, 13 décembre 2017).
  • Le télétravail, encadré par l'accord-cadre du 13 juillet 2021, impose au manager de piloter en mode hybride.
  • La gestion du temps et la conduite de réunion sont des compétences transversales indispensables au manager public.
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Références

  • Décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif au temps de travail dans la FPE
  • Loi n° 2014-58 du 27 janvier 2014
  • Loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique
  • CE, 13 décembre 2017, n° 401799
  • Décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif au télétravail dans la fonction publique
  • Accord-cadre du 13 juillet 2021 relatif au télétravail dans la fonction publique
  • Frederick Herzberg, The Motivation to Work, 1959
  • Abraham Maslow, A Theory of Human Motivation, 1943

Flashcards (7)

2/5 Comment fonctionne la matrice d'Eisenhower pour la gestion des priorités ?
Elle classe les tâches en quatre quadrants selon l'urgence et l'importance : urgent et important (faire immédiatement), important mais non urgent (planifier), urgent mais non important (déléguer), ni urgent ni important (éliminer).

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QCM

Dans la matrice d'Eisenhower, que convient-il de faire avec une tâche urgente mais non importante ?

Quel décret fixe les principes de l'aménagement du temps de travail dans la fonction publique de l'État ?

Quel recours un agent peut-il exercer contre son compte rendu d'entretien professionnel ?

Selon Herzberg, lequel de ces éléments constitue un facteur de motivation (et non un facteur d'hygiène) ?

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