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Les cinq principes du management réussi et leur application dans la fonction publique

Un management réussi dans la fonction publique repose sur cinq principes complémentaires : communiquer pour donner du sens, motiver pour susciter l'engagement, développer les compétences de l'équipe, reconnaître les contributions individuelles et collectives, et collaborer dans une logique de transversalité. Ces principes s'inscrivent dans le cadre juridique spécifique de la fonction publique et convergent vers la finalité de qualité du service rendu aux citoyens.

Communiquer : fondement de la relation managériale

La communication constitue le socle sur lequel repose tout management efficace. Elle accélère la compréhension des enjeux et favorise l'appropriation collective des objectifs. Dans la fonction publique, où les missions revêtent une dimension d'intérêt général, la communication managériale remplit une fonction essentielle de construction du sens.

Le manager doit d'abord être en mesure d'expliciter la stratégie globale de l'administration auprès de son équipe. Dans les collectivités territoriales, cette exigence se double de la nécessité de restituer la décision politique portée par les élus, conformément à l'article 72 de la Constitution qui confie aux collectivités territoriales une libre administration par des conseils élus. Le manager sert ici de traducteur entre la volonté politique et l'action administrative.

Il lui revient ensuite de contextualiser les missions de chaque agent et de fixer des objectifs de travail individualisés. Chaque collaborateur doit comprendre sa place dans l'organisation et la contribution spécifique qu'il apporte au fonctionnement du service. Cette exigence rejoint la notion de fiche de poste, document essentiel du management de la fonction publique dont le contenu doit être cohérent avec les missions du service.

La communication managériale s'exerce dans trois directions complémentaires : descendante (vers l'équipe), ascendante (vers la hiérarchie) et transversale (vers les autres services). Le manager joue ainsi un rôle de relais et de coordination, assurant la circulation de l'information entre les différentes strates de l'organisation. Les travaux de Henry Mintzberg sur les rôles du manager (1973) identifient précisément ce rôle informationnel comme l'un des trois grands ensembles de rôles managériaux, aux côtés des rôles interpersonnels et décisionnels.

Enfin, la communication ne se réduit pas à la transmission unilatérale d'informations. Elle implique l'échange et le dialogue sur les idées et les projets, favorisant la construction en commun des solutions. Le développement du dialogue social dans la fonction publique, encadré notamment par les dispositions du code général de la fonction publique relatives aux comités sociaux (articles L. 251-1 et suivants du CGFP), illustre cette dimension participative de la communication.

Motiver : le levier déterminant de l'engagement

La motivation constitue un levier majeur du management, permettant de mobiliser les collaborateurs vers l'atteinte des résultats et de les fédérer autour d'objectifs communs. Elle se mesure à travers l'engagement de l'agent dans l'exercice de ses fonctions.

Les théories de la motivation éclairent la pratique managériale. La pyramide des besoins d'Abraham Maslow (1943) hiérarchise les besoins humains en cinq niveaux (physiologiques, sécurité, appartenance, estime, accomplissement). La théorie des deux facteurs de Frederick Herzberg (1959) distingue les facteurs d'hygiène (conditions de travail, rémunération) dont l'absence génère de l'insatisfaction, et les facteurs de motivation (reconnaissance, responsabilité, accomplissement) qui produisent de la satisfaction. Ces théories soulignent que la rémunération, bien qu'importante, ne constitue pas le seul levier de motivation.

Dans la fonction publique, les leviers de motivation présentent des spécificités. Le régime indemnitaire, encadré par le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel), offre un outil de reconnaissance financière incluant un complément indemnitaire annuel lié à la manière de servir. Mais au-delà de l'aspect financier, le sens de la mission de service public constitue un puissant facteur de motivation intrinsèque propre au secteur public.

La délégation constitue un outil privilégié de motivation. Ce transfert de responsabilités, qui doit porter sur des objectifs clairement définis, valorise le collaborateur en lui témoignant la confiance du manager. Elle suppose toutefois une évaluation préalable de la capacité de l'agent à assumer les responsabilités déléguées. Dans la fonction publique, la délégation de signature, régie par des textes spécifiques, illustre la dimension juridique que peut revêtir cet acte managérial.

Développer les compétences : le manager formateur

Le développement des compétences constitue une mission essentielle du manager, qui doit inciter ses collaborateurs à progresser et les accompagner dans cette démarche. Ce rôle de formateur, souvent insuffisamment valorisé, crée un cercle vertueux : une équipe plus compétente peut se voir confier des missions plus ambitieuses, ce qui appelle le développement de nouvelles compétences.

Le cadre juridique du développement des compétences dans la fonction publique est substantiel. Le droit à la formation professionnelle tout au long de la vie est consacré par le code général de la fonction publique (articles L. 421-1 et suivants du CGFP). Le compte personnel de formation (CPF), qui s'est substitué au droit individuel à la formation (DIF) depuis le 1er janvier 2017, permet à chaque agent de cumuler des droits à formation mobilisables à son initiative. Les plans de formation, élaborés au niveau de chaque administration, déclinent les orientations stratégiques en actions de formation concrètes.

Le manager joue un rôle pivot dans ce dispositif. L'entretien professionnel annuel, prévu par le décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010, comporte obligatoirement un volet consacré aux besoins de formation de l'agent. Le manager doit y identifier les axes de progression, reconnaître les acquis et détecter les points de faiblesse nécessitant un accompagnement.

Le développement des compétences s'appréhende selon deux dimensions : une dimension collective, portant sur les besoins de l'ensemble du service, et une dimension individuelle, visant à accompagner les agents à fort potentiel et à construire des parcours professionnels diversifiés.

Reconnaître : facteur de cohésion et de performance

La reconnaissance constitue un facteur puissant de cohésion entre le manager et son équipe. Elle conditionne la légitimité du travail accompli aux yeux des pairs : pour qu'un travail soit reconnu par les collègues, il faut d'abord qu'il le soit par le manager.

La reconnaissance managériale s'exerce à travers plusieurs leviers. La stimulation des collaborateurs passe par une attitude positive et encourageante, y compris face aux difficultés. L'évaluation des résultats, tant collectifs qu'individuels, signifie aux agents que leur travail est pris en considération. Pour être efficace, cette évaluation suppose des objectifs répondant aux critères SMART (Spécifiques, Mesurables, Atteignables, Réalistes, Temporellement définis), assortis de points de contrôle réguliers.

La relation de confiance repose sur la transparence et l'équité des règles de fonctionnement. Les critères d'évaluation doivent être connus de tous et appliqués de manière égale. Cette exigence d'équité rejoint le principe d'égalité de traitement des agents publics, qui impose de ne pas traiter différemment des agents placés dans une situation comparable (CE, Ass., 28 mars 1997, Société Baxter).

L'encouragement à la prise d'initiative participe également de la reconnaissance. Dans la fonction publique, le droit à l'erreur, promu par la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance (loi ESSOC), s'applique d'abord aux relations entre l'administration et les usagers, mais son esprit irrigue progressivement les pratiques managériales internes.

Collaborer : l'intelligence du collectif

La collaboration constitue le cinquième pilier du management réussi. Elle doit être encouragée y compris lorsque les profils ou métiers des agents diffèrent, car la diversité des compétences est une richesse pour le service.

La solidarité au sein de l'équipe se construit au quotidien par l'entraide entre collègues, y compris pour des tâches simples. Le manager doit créer les conditions de cette entraide en valorisant l'utilité de chacun et en développant le sentiment d'appartenance au collectif de travail.

La coopération dans l'atteinte des objectifs suppose de concevoir la réussite comme une étape collective. Le travail en mode projet, de plus en plus répandu dans la fonction publique, favorise cette dimension collaborative en réunissant des compétences complémentaires autour d'un objectif commun, indépendamment des appartenances hiérarchiques traditionnelles.

La transversalité constitue un enjeu croissant du management public. Les réorganisations administratives successives ont multiplié les interfaces entre services, rendant indispensable la capacité à travailler au-delà des frontières organisationnelles. Les démarches de qualité de vie et conditions de travail (QVCT), promues par l'accord-cadre du 20 novembre 2009 sur la santé et la sécurité au travail dans la fonction publique, intègrent cette dimension collaborative dans leur approche globale du bien-être professionnel.

La finalité commune : le service au citoyen

L'ensemble de ces principes managériaux converge vers une finalité unique : la qualité du service rendu aux citoyens. Le Préambule de la Constitution de 1946, intégré au bloc de constitutionnalité, rappelle que la Nation assure à l'individu et à la famille les conditions nécessaires à leur développement, ce qui implique des services publics performants. Le programme Services Publics +, lancé en 2019, traduit cette exigence en engagements concrets de qualité de service.

Les cinq principes (communiquer, motiver, développer, reconnaître, collaborer) sont indissociables et complémentaires. Ils forment un système cohérent où la défaillance d'un principe affaiblit l'ensemble. Le manager public efficace est celui qui parvient à les articuler dans sa pratique quotidienne au service de l'intérêt général.

À retenir

  • La communication managériale s'exerce dans trois directions (descendante, ascendante, transversale) et constitue le fondement de toute action collective efficace.
  • La motivation dans la fonction publique repose sur des leviers spécifiques combinant le RIFSEEP (reconnaissance financière) et le sens de la mission de service public (motivation intrinsèque).
  • Le manager est le premier formateur de son équipe, rôle formalisé notamment par l'entretien professionnel annuel qui comporte un volet obligatoire sur les besoins de formation.
  • La reconnaissance managériale s'appuie sur des objectifs SMART, la transparence des critères d'évaluation et l'encouragement à la prise d'initiative.
  • Les cinq principes (communiquer, motiver, développer, reconnaître, collaborer) forment un système indissociable orienté vers la qualité du service public.
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Références

  • CE, 7 février 1936, Jamart
  • CE, Ass., 28 mars 1997, Société Baxter
  • Article 72 de la Constitution du 4 octobre 1958
  • Décret n° 2014-513 du 20 mai 2014 portant création du RIFSEEP
  • Décret n° 2010-888 du 28 juillet 2010 relatif à l'appréciation de la valeur professionnelle
  • Loi n° 2018-727 du 10 août 2018 (loi ESSOC)
  • Code général de la fonction publique, articles L. 251-1 et suivants (comités sociaux)
  • Code général de la fonction publique, articles L. 421-1 et suivants (formation)
  • Henry Mintzberg, The Nature of Managerial Work, 1973
  • Abraham Maslow, A Theory of Human Motivation, 1943
  • Frederick Herzberg, The Motivation to Work, 1959

Flashcards (7)

3/5 Qu'est-ce que le RIFSEEP et quel texte l'a créé ?
Le RIFSEEP (régime indemnitaire tenant compte des fonctions, des sujétions, de l'expertise et de l'engagement professionnel) est le régime indemnitaire de référence de la fonction publique d'État, créé par le décret n° 2014-513 du 20 mai 2014. Il comprend une IFSE (indemnité de fonctions) et un CIA (complément indemnitaire annuel) lié à la manière de servir.

6 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Selon la théorie de Maslow, quel est le niveau le plus élevé de la pyramide des besoins ?

Parmi les rôles du manager identifiés par Mintzberg, le rôle de « diffuseur » appartient à quelle catégorie ?

Qu'est-ce que la délégation dans le cadre du management ?

Quelle loi a introduit le droit à l'erreur dans les relations entre l'administration et les usagers ?

Un manager souhaite fixer des objectifs efficaces à son équipe. Parmi les propositions suivantes, laquelle respecte les critères SMART ?

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