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Le système de common law : fondements, caractéristiques et évolutions

La common law, système juridique né en Angleterre médiévale et diffusé par la colonisation britannique, se caractérise par la primauté du précédent judiciaire, l'absence de codification systématique et une large liberté contractuelle. Les évolutions contemporaines (essor du droit écrit, constitutionnalisme, influence des traités internationaux) conduisent à une convergence progressive avec la tradition romano-germanique.

Origines historiques de la common law

La common law trouve ses racines dans l'Angleterre médiévale, à la suite de la conquête normande de 1066. Guillaume le Conquérant entreprit d'unifier les coutumes locales disparates en un droit commun à l'ensemble du royaume, d'où l'expression common law, littéralement « droit commun ». Les juges royaux itinérants, envoyés dans les différents comtés pour rendre la justice au nom du roi, jouèrent un rôle déterminant dans cette unification. Leurs décisions, consignées dans les Year Books à partir du XIIIe siècle, constituèrent progressivement un corpus jurisprudentiel cohérent.

Parallèlement, un second système juridique se développa en Angleterre : l'equity. Née de la juridiction du Chancelier, gardien de la conscience du roi, l'equity permettait de corriger les rigidités de la common law en introduisant des remèdes plus souples, comme l'injonction (injunction) ou l'exécution en nature (specific performance). Les Judicature Acts de 1873-1875 fusionnèrent les juridictions de common law et d'equity en une seule structure judiciaire, tout en maintenant la distinction substantielle entre les deux corps de règles.

La diffusion mondiale du modèle

La common law s'est répandue à travers le monde par le biais de l'expansion coloniale britannique. Les pays qui relèvent aujourd'hui de cette tradition juridique sont principalement les anciennes colonies et protectorats de la Couronne : les États-Unis (à l'exception notable de la Louisiane, héritière du droit civil français en raison de son passé colonial français et espagnol), le Canada (sauf le Québec, qui conserve un droit civil d'inspiration française pour les matières privées), l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Inde, le Pakistan, le Nigeria, le Kenya, Hong Kong, Singapour ou encore la Malaisie.

Certains systèmes sont qualifiés de mixtes car ils combinent des éléments de common law et de droit civil. C'est le cas de l'Écosse, de l'Afrique du Sud, d'Israël ou encore des Philippines. Ces systèmes hybrides témoignent de la capacité d'adaptation des traditions juridiques au contact les unes des autres.

Les caractéristiques fondamentales de la common law

Le premier trait distinctif du système de common law réside dans le rôle prééminent du juge comme source du droit. Contrairement aux systèmes de droit civil (dits de tradition romano-germanique), où la loi codifiée constitue la source principale, la common law repose sur la règle du précédent judiciaire (stare decisis). Selon ce principe, les juridictions inférieures sont liées par les décisions des juridictions supérieures portant sur des questions de droit similaires. Les décisions de la plus haute instance judiciaire ne peuvent généralement être remises en cause que par cette même instance ou par une intervention du législateur.

La deuxième caractéristique tient à l'absence traditionnelle de Constitution écrite ou de codes systématiques. Le Royaume-Uni demeure l'exemple le plus emblématique de cette approche : sa Constitution est composée d'un ensemble de textes historiques (la Magna Carta de 1215, le Bill of Rights de 1689, le Human Rights Act de 1998, les Constitutional Reform Act de 2005), de conventions constitutionnelles non écrites et de décisions judiciaires fondamentales. Cette Constitution est dite « souple » car elle peut être modifiée par une loi ordinaire du Parlement, à la différence des constitutions rigides qui exigent une procédure de révision spéciale.

La troisième caractéristique est une liberté contractuelle étendue. Le principe fondamental est celui de la freedom of contract : les parties sont libres de déterminer le contenu de leurs engagements, sous réserve de limites d'ordre public relativement étroites. Le droit anglais des contrats se distingue par la notion de consideration, condition de validité absente du droit français, qui exige que chaque partie apporte une contrepartie à l'engagement de l'autre.

Enfin, la common law repose sur un principe libéral fondamental : tout ce qui n'est pas interdit par la loi est autorisé. Cette logique s'oppose à celle de certains systèmes de droit civil où l'administration, par exemple, ne peut agir que dans le cadre des compétences qui lui sont expressément attribuées.

Comparaison avec la tradition romano-germanique

La distinction entre common law et droit civil (tradition romano-germanique) constitue la summa divisio des systèmes juridiques contemporains. Le droit civil, héritier du droit romain et de la codification napoléonienne (le Code civil de 1804), se caractérise par la primauté de la loi écrite, l'existence de codes systématiques et le rôle plus effacé de la jurisprudence, qui n'est pas formellement une source du droit en France (bien qu'elle le soit en pratique).

En droit français, l'article 5 du Code civil interdit au juge de se prononcer par voie de disposition générale et réglementaire, ce qui s'oppose directement au mécanisme du stare decisis. Toutefois, le Conseil d'État et la Cour de cassation développent une jurisprudence qui, sans avoir la force obligatoire du précédent anglo-saxon, exerce une influence considérable sur les juridictions inférieures.

La procédure diffère également de manière significative. La common law privilégie le système accusatoire (adversarial system), dans lequel les parties dirigent le procès et le juge joue un rôle d'arbitre. Le droit civil favorise le système inquisitoire, dans lequel le juge mène activement l'instruction et la recherche de la vérité. La pratique du jury est beaucoup plus répandue dans les pays de common law, y compris en matière civile dans certains cas.

Les évolutions contemporaines : vers une convergence des systèmes

Les systèmes de common law connaissent depuis plusieurs décennies une évolution marquée vers le droit écrit (statute law). Au Royaume-Uni, le Parlement légifère de manière croissante dans des domaines traditionnellement régis par la jurisprudence. Le Human Rights Act de 1998, qui incorpore la Convention européenne des droits de l'homme en droit interne britannique, a introduit un contrôle de compatibilité des lois avec les droits fondamentaux, rapprochant le système britannique des modèles continentaux de protection des droits.

Aux États-Unis, la Constitution de 1787, assortie de ses amendements (notamment le Bill of Rights de 1791), constitue une norme suprême écrite, ce qui distingue le modèle américain du modèle britannique. Le contrôle de constitutionnalité des lois, consacré par la Cour suprême dans l'arrêt Marbury v. Madison (1803), a fait des États-Unis un pionnier du constitutionnalisme moderne.

Les traités internationaux jouent également un rôle croissant. L'adhésion du Royaume-Uni à la Convention européenne des droits de l'homme (1950), puis son incorporation par le Human Rights Act, a profondément modifié le paysage juridique britannique. Malgré le Brexit (effectif le 31 janvier 2020), le Royaume-Uni demeure partie à la CEDH, qui est un instrument du Conseil de l'Europe, distinct de l'Union européenne.

Réciproquement, les systèmes de droit civil empruntent certains mécanismes à la common law. Le développement de la question prioritaire de constitutionnalité (QPC) en France, introduite par la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 et mise en œuvre par la loi organique du 10 décembre 2009, renforce le rôle du juge constitutionnel d'une manière qui rappelle le judicial review américain. De même, la montée en puissance du droit souple (soft law) et des modes alternatifs de règlement des différends témoigne d'une convergence progressive entre les deux grandes traditions.

À retenir

  • La common law est un système juridique d'origine anglaise, fondé sur le précédent judiciaire (stare decisis), qui s'est diffusé dans les anciennes colonies britanniques, y compris les États-Unis (sauf la Louisiane).
  • Ses caractéristiques principales sont l'absence traditionnelle de constitution écrite ou de codes, la force obligatoire des décisions judiciaires, une large liberté contractuelle et le principe selon lequel tout ce qui n'est pas interdit est autorisé.
  • Le système de common law se distingue du droit civil (romano-germanique) par le rôle central du juge, la procédure accusatoire et la pratique du jury.
  • Les évolutions contemporaines (essor du droit écrit, constitutionnalisme, traités internationaux) conduisent à une convergence progressive entre common law et droit civil.
  • Des systèmes mixtes (Écosse, Afrique du Sud, Québec, Louisiane) illustrent la capacité des traditions juridiques à coexister et à s'enrichir mutuellement.
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Références

  • Magna Carta, 1215
  • Bill of Rights, 1689
  • Constitution des États-Unis, 1787
  • Marbury v. Madison, 1803 (Cour suprême des États-Unis)
  • Judicature Acts, 1873-1875
  • Convention européenne des droits de l'homme, 1950
  • Human Rights Act, 1998
  • Constitutional Reform Act, 2005
  • Art. 5 du Code civil français
  • Révision constitutionnelle du 23 juillet 2008 (QPC)

Flashcards (8)

3/5 Pourquoi la Louisiane et le Québec font-ils exception dans leurs pays respectifs de common law ?
En raison de leur passé colonial français, la Louisiane (États-Unis) et le Québec (Canada) conservent un droit privé d'inspiration civiliste, fondé sur la tradition romano-germanique, tout en étant intégrés dans des systèmes fédéraux de common law.

7 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Le Human Rights Act de 1998 a eu pour effet principal de :

Parmi ces pays ou territoires, lequel ne relève PAS principalement de la tradition de common law ?

Quel principe fondamental distingue la common law du droit civil en matière de sources du droit ?

Quelle notion, propre au droit anglais des contrats, est absente du droit français ?

Un étudiant affirme : « En common law, le juge ne peut jamais revenir sur un précédent établi par une juridiction supérieure. » Cette affirmation est :

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