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Le pourvoi en cassation : procédure, moyens de cassation et effets de la décision

Le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire soumise à des conditions strictes de recevabilité, avec des règles procédurales différentes en matière civile (délai de deux mois, avocat aux Conseils obligatoire) et pénale (délai de cinq jours, déclaration au greffe de la juridiction). Le contrôle de la Cour se divise entre contrôle normatif et contrôle disciplinaire, et ses décisions peuvent prendre la forme d'un rejet, d'une cassation avec renvoi ou d'une cassation sans renvoi.

Le pourvoi en cassation constitue une voie de recours extraordinaire permettant de soumettre à la Cour de cassation la question de savoir si les juges du fond ont correctement appliqué la règle de droit. Cette voie de recours obéit à des règles procédurales distinctes selon la matière civile ou pénale, et la décision rendue produit des effets spécifiques.

Les conditions de recevabilité du pourvoi

Le pourvoi en cassation n'est recevable qu'à l'encontre d'une décision rendue en dernier ressort, c'est-à-dire qui ne peut plus faire l'objet d'un appel. En principe, seules les décisions statuant sur le fond de l'affaire peuvent être attaquées, ce qui exclut les jugements ordonnant une simple mesure d'instruction ou une mesure provisoire (sous réserve d'exceptions légales).

En matière civile, le pourvoi est formé par une déclaration au greffe de la Cour de cassation, obligatoirement par l'intermédiaire d'un avocat au Conseil d'État et à la Cour de cassation. Le contentieux électoral fait exception : le pourvoi peut y être formé par la partie elle-même ou par un mandataire muni d'un pouvoir spécial. Le délai pour former le pourvoi est de deux mois à compter de la notification de la décision attaquée, sauf disposition contraire.

En matière pénale, la procédure diffère sensiblement. La déclaration de pourvoi doit être faite au greffe de la juridiction qui a rendu la décision, dans un délai de cinq jours à compter du prononcé. Les arrêts de la chambre de l'instruction et les arrêts rendus en dernier ressort en matière criminelle, correctionnelle et de police sont susceptibles d'annulation pour violation de la loi. Certaines décisions avant dire droit peuvent faire l'objet d'un pourvoi immédiat sur autorisation du président de la chambre criminelle.

L'instruction du pourvoi

Après enregistrement par le greffe, le demandeur au pourvoi doit, à peine de déchéance, déposer un mémoire ampliatif (ou mémoire en demande). Ce document est fondamental : il énonce les moyens de droit invoqués au soutien de la cassation et développe l'argumentation correspondante. Le défendeur peut y répondre par un mémoire en défense.

Un conseiller rapporteur est désigné pour chaque affaire. Il rédige un rapport comprenant l'exposé des faits et de la procédure, l'analyse des moyens, l'identification de la question de droit, les références de jurisprudence et de doctrine pertinentes, ainsi qu'un ou plusieurs projets d'arrêt. Le rapporteur rédige également une note contenant son avis personnel, destinée aux seuls conseillers. Le dossier est ensuite transmis au parquet général pour avis. Une conférence réunit enfin le président et le doyen de la chambre pour identifier les difficultés soulevées par les affaires.

Lorsque le pourvoi apparaît manifestement irrecevable ou dépourvu de moyens sérieux, il est orienté vers la procédure de non-admission. Cette procédure simplifiée aboutit à une décision dispensée de motivation, ce qui constitue une exception notable au principe général de motivation des décisions de justice. La non-admission représente une part significative des décisions rendues par la Cour.

Les cas d'ouverture à cassation

Le contrôle exercé par la Cour de cassation se divise en deux grandes catégories.

Le contrôle normatif porte sur la correcte application des règles de droit. La notion de "loi" est entendue largement : elle englobe les textes législatifs et réglementaires, le droit de l'Union européenne (règlements, directives, principes généraux du droit de l'Union), les traités internationaux et même la coutume. Les principaux cas d'ouverture sont la violation de la loi (fausse interprétation ou fausse application d'un texte), le défaut de base légale (insuffisance des constatations de fait permettant de vérifier l'application correcte de la règle de droit), la dénaturation d'un écrit (le juge du fond a méconnu le sens clair et précis d'un acte), le défaut de motivation et le défaut de réponse à conclusions.

Le contrôle disciplinaire vérifie le respect par les juges du fond de leurs obligations procédurales et déontologiques. Il porte notamment sur le principe du contradictoire (article 16 du Code de procédure civile), le principe d'impartialité (article 6§1 de la Convention européenne des droits de l'homme), la publicité des audiences et l'obligation de statuer dans un délai raisonnable.

Les effets de la décision de la Cour de cassation

En cas de rejet du pourvoi, la décision attaquée devient irrévocable et acquiert l'autorité définitive de la chose jugée.

En cas de cassation, celle-ci peut être totale (annulation de l'ensemble de la décision) ou partielle (annulation limitée à certains chefs de la décision). En principe, la cassation ne produit effet qu'entre le demandeur et le défendeur au pourvoi. Toutefois, en matière pénale, la chambre criminelle peut étendre les effets de l'annulation à des parties qui ne s'étaient pas pourvues, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice.

Dans la majorité des cas, l'arrêt de cassation renvoie l'affaire devant une juridiction de même nature que celle dont la décision a été cassée, ou devant la même juridiction autrement composée. La juridiction de renvoi n'est pas liée par l'interprétation juridique de la Cour de cassation, sauf lorsque la cassation a été prononcée par l'assemblée plénière.

La Cour peut également casser sans renvoi dans deux hypothèses : lorsque la cassation n'implique pas qu'il soit à nouveau statué sur le fond, ou lorsque les faits souverainement constatés par les juges du fond permettent à la Cour d'appliquer directement la règle de droit appropriée. Cette faculté, élargie par la loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle (article 38), participe d'un mouvement visant à réduire les délais de procédure.

La réforme de la rédaction des arrêts de 2019

En 2019, la Cour de cassation a profondément renouvelé ses méthodes de rédaction. Le style traditionnel en phrase unique introduite par le terme "Attendu que", hérité du XIXe siècle, a été abandonné au profit d'un style direct avec des paragraphes numérotés. Les arrêts sont désormais structurés en trois parties clairement identifiées : faits et procédure, examen du ou des moyens, dispositif. Les décisions les plus importantes bénéficient d'une motivation enrichie qui explicite la méthode d'interprétation retenue, mentionne les solutions alternatives écartées, cite les précédents jurisprudentiels et fait état des études d'incidences réalisées.

À retenir

  • Le pourvoi en cassation est une voie de recours extraordinaire ouverte contre les décisions rendues en dernier ressort, avec un délai de deux mois en matière civile et de cinq jours en matière pénale.
  • Le ministère d'un avocat aux Conseils est obligatoire en matière civile (sauf contentieux électoral), tandis qu'en matière pénale la déclaration se fait au greffe de la juridiction ayant statué.
  • Les cas d'ouverture à cassation se répartissent entre contrôle normatif (violation de la loi, défaut de base légale, dénaturation) et contrôle disciplinaire (contradictoire, impartialité, motivation).
  • La cassation peut être totale ou partielle, avec ou sans renvoi ; la juridiction de renvoi n'est liée que par les décisions de l'assemblée plénière.
  • Depuis 2019, les arrêts de la Cour adoptent un style direct et structuré, abandonnant la formule traditionnelle des "Attendu que".
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Références

  • Article 16 du Code de procédure civile (principe du contradictoire)
  • Article 6§1 de la Convention européenne des droits de l'homme (droit au procès équitable)
  • Articles 604 et suivants du Code de procédure civile (pourvoi en cassation)
  • Articles 567 et suivants du Code de procédure pénale (pourvoi en cassation en matière pénale)
  • Loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle
  • Réforme de la rédaction des arrêts de la Cour de cassation, 2019

Flashcards (6)

3/5 Dans quels cas la Cour de cassation peut-elle casser sans renvoi ?
Lorsque la cassation n'implique pas qu'il soit à nouveau statué sur le fond, ou lorsque les faits souverainement constatés par les juges du fond permettent à la Cour d'appliquer directement la règle de droit appropriée.

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QCM

Depuis la réforme de 2019, les arrêts de la Cour de cassation sont structurés en :

En cas de cassation prononcée par une chambre (hors assemblée plénière), la juridiction de renvoi :

En matière civile, le pourvoi en cassation doit être formé par l'intermédiaire de :

En matière pénale, la chambre criminelle peut étendre les effets de la cassation :

Le défaut de base légale signifie que :

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