AdmisConcours
Recrutements Bibliothèque Concours

La gestion du temps et des priorités dans l'encadrement public

La gestion du temps est une compétence managériale clé dans la fonction publique, reposant sur la planification, la hiérarchisation des priorités et la délégation efficace. Face aux urgences inhérentes à l'action publique, le manager doit conserver sa lucidité, adapter ses exigences et conduire des retours d'expérience pour améliorer continuellement ses pratiques.

L'enjeu de la maîtrise temporelle pour le manager public

La gestion du temps constitue une compétence transversale essentielle pour tout encadrant de la fonction publique. Contrairement au secteur privé où la productivité se mesure souvent en termes de rentabilité, le manager public doit concilier l'efficacité de son action avec les exigences du service public, notamment la continuité, l'adaptabilité et l'égalité de traitement. La pression temporelle résulte fréquemment de la multiplicité des sollicitations (hiérarchie, élus, usagers, partenaires institutionnels) et de l'imprévisibilité inhérente à l'action publique.

La loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1er août 2001 a renforcé cette exigence en introduisant une logique de performance dans la gestion publique. Les managers sont désormais tenus de rendre compte de l'utilisation optimale des moyens, y compris du temps de travail des agents placés sous leur autorité. Le décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'État fixe la durée annuelle à 1 607 heures, ce qui impose une organisation rigoureuse pour atteindre les objectifs assignés.

Planifier et hiérarchiser : la méthode au service de l'action

La planification constitue le socle de toute gestion efficace du temps. Elle repose sur la capacité du manager à distinguer ce qui est urgent de ce qui est important, distinction classique formalisée par la matrice d'Eisenhower. Cette grille d'analyse croise deux axes (urgence et importance) pour classer les tâches en quatre catégories : à faire immédiatement, à planifier, à déléguer, ou à éliminer.

Le manager public doit élaborer un tableau de bord quotidien ou hebdomadaire, identifiant les tâches prioritaires, celles qui peuvent être déléguées aux collaborateurs et celles qui relèvent d'un traitement différé. Pour les projets de grande envergure, il est recommandé de procéder par étapes successives en décomposant l'objectif global en sous-tâches assignées à des échéances précises. Cette approche, proche du diagramme de Gantt utilisé en gestion de projet, permet de visualiser la charge de travail et d'anticiper les goulets d'étranglement.

La validation progressive des tâches accomplies (par un système de pointage ou de cochage) produit un effet psychologique positif : elle génère un sentiment d'accomplissement qui entretient la motivation. En fin de journée, un bilan rapide permet de mesurer l'avancement, d'identifier les reports nécessaires et de préparer la journée suivante. Cette discipline s'applique aussi bien avec des outils numériques (applications de gestion de tâches, agendas partagés) qu'avec des supports papier, l'essentiel résidant dans la constance de la méthode.

La délégation comme levier d'efficacité temporelle

La délégation n'est pas un aveu de faiblesse mais un acte managérial à part entière. Elle suppose une connaissance fine des compétences de chaque collaborateur et une confiance réciproque. En droit de la fonction publique, la délégation de signature (à distinguer de la délégation de pouvoir) est encadrée par des textes précis et doit faire l'objet d'un arrêté publié. Le manager qui délègue conserve la responsabilité de contrôle et de supervision.

Les activités dites à fort coefficient, c'est-à-dire celles qui mobilisent un grand nombre d'agents ou une personne sur une longue période, méritent une attention particulière. Le recours à un expert ou à un spécialiste peut constituer une alternative pertinente pour libérer du temps managérial tout en garantissant la qualité du résultat. Cette logique s'inscrit dans le cadre plus large de la gestion prévisionnelle des emplois, des effectifs et des compétences (GPEEC) promue dans la fonction publique.

Faire face à l'urgence sans perdre le cap

L'urgence est consubstantielle à l'action publique. Crises sanitaires, catastrophes naturelles, conflits sociaux : le manager public doit être capable de réagir rapidement tout en conservant sa lucidité. La première règle est de ne pas céder à la panique, qui conduit soit à une agitation désordonnée, soit à une paralysie décisionnelle. Il convient de prendre un temps de recul, même bref, pour analyser la situation avant d'agir.

Face à une situation d'urgence, le manager peut être amené à réduire temporairement ses exigences qualitatives pour tenir les délais. Cette approche pragmatique suppose de distinguer le niveau de qualité incompressible (lié aux obligations légales et réglementaires) du niveau de qualité souhaitée. Le stress résulte souvent de contraintes auto-imposées qui dépassent les attentes réelles de la hiérarchie ou des usagers.

Après la gestion de l'urgence, le retour d'expérience (RETEX) constitue une étape indispensable. Il s'agit d'identifier les facteurs ayant conduit à la situation de crise (défaut d'anticipation, manque de coordination, absence de procédures dégradées) et de mettre en place des mesures correctives. Le manager doit également solliciter l'avis de ses collaborateurs sur sa gestion de la crise, dans une démarche d'amélioration continue. Enfin, il doit veiller à ne pas être lui-même générateur d'urgences artificielles, phénomène fréquent qui déstabilise les équipes et nuit à la crédibilité de l'encadrant.

L'apport des méthodes contemporaines de gestion du temps

Plusieurs méthodes complémentaires enrichissent la boîte à outils du manager public. La technique Pomodoro, développée par Francesco Cirillo, propose de travailler par plages de 25 minutes suivies de courtes pauses, ce qui favorise la concentration. La méthode GTD (Getting Things Done) de David Allen repose sur l'externalisation systématique des tâches vers un système de confiance, libérant ainsi l'esprit pour la réflexion stratégique. La loi de Pareto (principe des 80/20) rappelle que 20 % des activités produisent généralement 80 % des résultats, invitant le manager à concentrer son énergie sur les tâches à plus forte valeur ajoutée.

Dans le contexte spécifique de la fonction publique, la circulaire du Premier ministre du 5 juin 2019 relative à la transformation des administrations a encouragé le développement de nouvelles méthodes de travail, incluant la gestion du temps et le management à distance, tendance accélérée par la crise sanitaire de 2020 et la généralisation du télétravail encadrée par le décret n° 2016-151 du 11 février 2016 modifié.

À retenir

  • La planification quotidienne et la hiérarchisation des tâches (matrice d'Eisenhower) sont les fondements d'une gestion efficace du temps managérial.
  • La délégation est un acte managérial stratégique qui suppose une connaissance des compétences des collaborateurs et un contrôle approprié.
  • Face à l'urgence, le manager doit prendre du recul, ajuster ses exigences et conduire un retour d'expérience systématique après la crise.
  • Les activités à fort coefficient doivent être identifiées et peuvent justifier le recours à des experts ou spécialistes.
  • Le manager doit adopter une posture offensive par rapport au temps en agissant avec méthode sur ses priorités définies.
Partager

Références

  • Loi organique relative aux lois de finances (LOLF) du 1er août 2001
  • Décret n° 2000-815 du 25 août 2000 relatif à l'aménagement et à la réduction du temps de travail dans la fonction publique de l'État
  • Décret n° 2016-151 du 11 février 2016 relatif au télétravail dans la fonction publique
  • Circulaire du Premier ministre du 5 juin 2019 relative à la transformation des administrations

Flashcards (6)

2/5 Qu'est-ce que la méthode RETEX et pourquoi est-elle essentielle après une situation d'urgence ?
Le RETEX (retour d'expérience) consiste à analyser les causes d'une situation de crise (défaut d'anticipation, manque de coordination) et à définir des mesures correctives pour éviter sa reproduction.

5 flashcard(s) supplémentaire(s)

Utilisez admisconcours.fr gratuitement pour accéder à toutes les flashcards.

QCM

Que doit faire le manager après avoir géré une situation d'urgence ?

Quelle est la première attitude recommandée face à une situation d'urgence dans le management public ?

Quelle loi organique a renforcé la logique de performance dans la gestion publique, impactant l'exigence de gestion du temps ?

Selon la matrice d'Eisenhower, que doit faire le manager avec une tâche urgente mais non importante ?

Testez vos connaissances

Évaluez votre maîtrise de Management public avec nos QCM interactifs.

Faire le QCM Management public

Fiches connexes

Partager :

Cette fiche vous a été utile ?

Créez un compte gratuit pour accéder aux QCM complets, suivre votre progression et recevoir les notes de préparation.