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La dynamique de groupe et l'émulation collective dans le management public

La dynamique de groupe dans la fonction publique repose sur la complémentarité des compétences, l'émulation collective et un processus de développement en cinq phases décrit par Tuckman. Le manager doit favoriser les interactions tout en prévenant les dérives compétitives, en s'appuyant sur la diversité des profils et les outils collaboratifs numériques.

Le potentiel collectif, au-delà de la somme des compétences individuelles

Le management d'équipe dans la fonction publique ne se réduit pas à la gestion individuelle des agents. La capacité d'un collectif de travail à produire des résultats supérieurs à la simple addition des contributions individuelles constitue un enjeu central pour l'encadrant. Ce phénomène, que les sciences de gestion qualifient de synergie organisationnelle, repose sur l'interaction entre des compétences complémentaires et sur la construction progressive d'une intelligence collective.

La collaboration au sein d'une équipe ne nécessite pas que ses membres exercent des fonctions identiques. Au contraire, la diversité des profils, des niveaux de responsabilité et des expertises nourrit la richesse des échanges. Un agent expérimenté en rédaction juridique peut assister un collègue sur la formalisation d'un acte administratif, tandis que ce dernier partagera sa maîtrise des outils numériques. Cette réciprocité favorise l'apprentissage informel et contribue au développement continu des compétences, objectif poursuivi par les dispositions relatives à la formation professionnelle tout au long de la vie inscrites dans la loi n° 2007-148 du 2 février 2007 de modernisation de la fonction publique.

Les outils collaboratifs numériques (portails intranet, réseaux sociaux d'entreprise, espaces de travail partagés) ont considérablement élargi les possibilités d'interaction au sein des équipes. Le programme Action Publique 2022 puis la feuille de route interministérielle du numérique ont encouragé la transformation digitale des administrations, créant un environnement propice au partage d'informations et à l'innovation collaborative.

Les cinq phases de développement d'un groupe selon Tuckman

Le psychosociologue américain Bruce W. Tuckman a proposé en 1965 un modèle décrivant les étapes de développement d'un groupe, enrichi en 1977 par l'ajout d'une cinquième phase. Ce modèle, largement utilisé en management public, permet à l'encadrant de comprendre les dynamiques à l'oeuvre au sein de son équipe et d'adapter son style de management en conséquence.

La première phase est celle de la constitution (forming) : les membres se découvrent, se positionnent et explorent le cadre de fonctionnement. Le manager y joue un rôle structurant en clarifiant les rôles, les règles et les objectifs. La deuxième phase, dite de tension (storming), correspond à l'émergence de désaccords et à la confrontation des idées. Cette phase, souvent perçue comme conflictuelle, est en réalité nécessaire à l'expression des différences et à l'ajustement des positionnements. Le manager doit y exercer ses compétences en gestion de conflit.

La troisième phase est celle de la normalisation (norming), durant laquelle le groupe construit ses règles communes de fonctionnement et développe ses propres rituels de travail. Vient ensuite la phase de production (performing), où l'équipe atteint son plein rendement, orientée vers des objectifs partagés. La cinquième et dernière phase est celle de la dissolution (adjourning), marquée par le départ de certains membres et la nécessité de valoriser le travail accompli avant la recomposition du collectif.

Ce modèle n'est pas linéaire : l'arrivée d'un nouveau membre ou un changement organisationnel peut ramener l'équipe à une phase antérieure, ce qui impose au manager une vigilance constante.

L'émulation de groupe, entre cohésion et risque de compétition

L'émulation de groupe naît de la convergence des efforts individuels vers un objectif commun. Elle se distingue de la simple coopération par l'existence d'un sentiment d'appartenance qui génère une fierté collective et renforce la motivation de chaque membre. Plusieurs facteurs favorisent cette émulation : les succès partagés, la qualité des dossiers traités, la réputation du service ou de l'encadrement, et le domaine d'intervention.

Un groupe véritablement dynamique se caractérise par la densité des interactions entre ses membres, le partage de normes communes de fonctionnement, la volonté partagée de faire réussir l'équipe et l'existence de relations cordiales. La dynamique de groupe permet l'émergence de compétences latentes chez certains agents, qui n'auraient pu se révéler dans un travail strictement individuel.

Le manager doit cependant veiller à ce que l'émulation ne dérive pas vers une compétition malsaine susceptible de détériorer le climat de travail. La jurisprudence administrative sanctionne les pratiques managériales qui, sous couvert de stimulation, portent atteinte à la santé ou à la dignité des agents. La notion de harcèlement moral, définie à l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983, peut être caractérisée lorsque la mise en concurrence des agents excède les limites d'un management raisonnable.

Il convient de noter que la composition de l'équipe influence la nature de la dynamique obtenue. Des profils hétérogènes favorisent la créativité et l'enrichissement mutuel, tandis que des profils homogènes développent davantage l'expertise dans un domaine de compétence donné. Le choix de la composition d'une équipe constitue donc un acte managérial stratégique.

À retenir

  • Le potentiel d'une équipe dépasse la somme des compétences individuelles grâce aux interactions et à la complémentarité des profils.
  • Le modèle de Tuckman (1965) identifie cinq phases : constitution, tension, normalisation, production et dissolution.
  • L'émulation de groupe repose sur un sentiment d'appartenance, mais le manager doit prévenir toute dérive vers une compétition destructrice.
  • Des profils hétérogènes favorisent la créativité, des profils homogènes renforcent l'expertise.
  • Les outils collaboratifs numériques constituent un levier puissant pour développer l'intelligence collective.
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Références

  • B. W. Tuckman, Developmental sequence in small groups, 1965
  • Loi n° 2007-148 du 2 février 2007 de modernisation de la fonction publique
  • Art. 6 quinquies de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983
  • Loi n° 2019-828 du 6 août 2019 de transformation de la fonction publique

Flashcards (5)

4/5 Pourquoi la phase de tension (storming) est-elle nécessaire au développement d'un groupe ?
Elle permet l'expression des différences, la confrontation des idées et l'ajustement des positionnements individuels. Elle est indispensable pour dépasser les non-dits et construire un fonctionnement collectif authentique.

4 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Dans le modèle de Tuckman, à quelle phase correspond la période où le groupe construit ses règles communes de fonctionnement ?

Quel risque le manager doit-il prévenir lorsqu'il stimule l'émulation au sein de son équipe ?

Quelle loi a encouragé la formation professionnelle tout au long de la vie dans la fonction publique, favorisant ainsi l'apprentissage entre pairs ?

Vous souhaitez constituer une équipe projet qui devra proposer des solutions innovantes. Quelle composition privilégiez-vous ?

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