Les terrorismes séparatistes sur le territoire français
La France a été confrontée à des terrorismes séparatistes en Bretagne, aux Antilles, au Pays basque et en Corse. Le terrorisme corse, le plus durable avec des centaines d'attentats annuels depuis 1975, et la situation triangulaire au Pays basque (GAL espagnols, ETA, Iparretarrak) illustrent la complexité de ces phénomènes qui mêlent revendications identitaires, violence politique et parfois banditisme.
Le terrorisme indépendantiste breton
Le Front de Libération de la Bretagne (FLB), actif de la fin des années 1960 au début des années 2000, constitue la principale expression armée du nationalisme breton. Deux branches militaires revendiquent successivement l'appellation FLB : l'Armée Républicaine Bretonne (à partir de 1968) et l'Armée Révolutionnaire Bretonne (à partir de 1971).
Après une première action en juin 1966 contre la perception de Saint-Brieuc, le terrorisme breton se traduit par une trentaine d'attentats contre des édifices publics : préfectures, casernes de gendarmerie, bureaux de perception. À partir de 1972, les cibles deviennent des "symboles de la colonisation" de la Bretagne, comme la centrale nucléaire de Brennilis. L'action la plus spectaculaire reste l'attentat contre le château de Versailles en 1978, qui endommage plusieurs salles. Le dernier attentat majeur, en 2000, vise un restaurant McDonald's à Quévert et provoque la mort d'une employée, ce qui contribue à discréditer le mouvement.
Le terrorisme aux Antilles et en Guyane
Au cours des années 1980 et 1990, les départements d'outre-mer des Caraïbes connaissent une vague de violence indépendantiste. Plusieurs organisations sont actives : l'Alliance Révolutionnaire Caraïbe, le groupe du 22 mai 1848, Yich Telga et le Groupe de Libération Armée. Environ 250 attentats sont commis tant dans les territoires ultramarins qu'en métropole, visant des commissariats, des palais de justice, des mairies, des préfectures, des aéroports et des établissements bancaires.
Le terrorisme au Pays basque : une situation triangulaire
Le Pays basque français a été le théâtre d'une situation complexe impliquant trois types d'acteurs terroristes.
Premièrement, les groupes para-étatiques espagnols : le BVE (Bataillon Basque Espagnol) puis le GAL (Groupes Antiterroristes de Libération), composés de tueurs à gages recrutés par de hauts fonctionnaires espagnols, membres du CESID (services de renseignement), de la Guardia civil et de la police nationale espagnole. De 1977 à 1987, ces organisations commettent 28 assassinats et de nombreuses tentatives sur le territoire français, visant des membres de l'ETA réfugiés en France. L'affaire des GAL a provoqué un scandale politique majeur en Espagne, entraînant la condamnation de hauts responsables du gouvernement de Felipe González.
Deuxièmement, l'ETA (Euskadi ta Askatasuna, "Pays basque et liberté"), organisation indépendantiste basque en lutte armée contre l'État espagnol depuis le début des années 1960. Si l'ETA a généralement cherché à préserver la France comme base arrière pour ses militants clandestins, certains de ses membres ont commis des actes meurtriers contre des forces de l'ordre françaises, notamment l'assassinat de deux gardes civils espagnols à Capbreton le 2 décembre 2007 et celui d'un policier français lors d'une fusillade à Dammarie-les-Lys le 16 mars 2010.
Troisièmement, Iparretarrak ("ceux du nord"), organisation indépendantiste basque française créée en 1973. D'abord auteur de "nuits bleues" (séries d'attentats nocturnes à l'explosif contre des agences immobilières et bancaires), le mouvement se radicalise : deux policiers tués en 1982 à Saint-Étienne-de-Baïgorry, un gendarme tué en 1983 dans les Landes, un autre en 1987. L'organisation, dissoute par décret en 1987, poursuit néanmoins ses attentats jusqu'en 2000, ciblant palais de justice, brigades de gendarmerie, bureaux des douanes et même la prison de Pau, d'où un commando libère deux militants en décembre 1986.
Le terrorisme corse : une violence endémique
Le terrorisme corse constitue la forme la plus durable et la plus intense de violence séparatiste en France. Depuis 1975, date des premiers attentats à l'explosif sur l'île, la violence n'a cessé de frapper, atteignant parfois plusieurs centaines d'attentats par an.
L'événement fondateur est l'affaire d'Aléria du 22 août 1975, lorsque les forces de l'ordre donnent l'assaut contre une cave viticole occupée par Edmond Siméoni et des militants de l'Action pour la Renaissance de la Corse (ARC). Deux gendarmes mobiles sont tués. Cet épisode radicalise le mouvement nationaliste et conduit à la création du FLNC (Front de Libération Nationale de la Corse).
Durant les quatre décennies suivantes, les attentats frappent tant sur l'île que sur le continent, visant les services publics (gendarmeries, rectorats, tribunaux, préfectures, trésoreries), mais aussi le palais de justice de Paris, le Conseil d'État et l'ENA. Les rivalités internes au mouvement nationaliste ont également généré une violence intra-corse meurtrière. À cela s'ajoute un terrorisme "anti-FLNC" avec les attentats du groupe "Francia" contre les biens de nationalistes corses, ainsi que de nombreux "plasticages" relevant du banditisme ou de rivalités commerciales plutôt que d'une motivation idéologique.
À retenir
- Le terrorisme corse est le plus durable des terrorismes séparatistes français, avec parfois plusieurs centaines d'attentats annuels depuis 1975
- L'affaire d'Aléria (22 août 1975) constitue l'événement fondateur du nationalisme corse radical
- Au Pays basque, trois types de terrorisme coexistaient : les groupes para-étatiques espagnols (GAL/BVE), l'ETA et Iparretarrak
- Le FLB breton a commis l'attentat du château de Versailles en 1978
- La dissolution administrative d'une organisation (Iparretarrak en 1987) ne suffit pas nécessairement à mettre fin à son action violente