Le terrorisme lié à la guerre d'Algérie et ses prolongements
La guerre d'Algérie a généré un terrorisme d'une intensité exceptionnelle, exercé tant par le FLN que par l'OAS, frappant en Algérie et en métropole. L'attentat du Petit-Clamart contre de Gaulle a eu des conséquences constitutionnelles majeures. La Cour de sûreté de l'État, créée en 1962, a constitué le cadre juridictionnel d'exception pour la répression de ces actes.
Le FLN et l'exportation du terrorisme en métropole
La guerre d'Algérie (1954-1962) constitue une période de violence terroriste d'une intensité sans précédent dans l'histoire contemporaine française. Le Front de Libération Nationale (FLN) a fait du terrorisme une arme stratégique, tant dans les départements français d'Algérie que sur le territoire métropolitain. Cette stratégie s'inscrivait dans une logique d'internationalisation du conflit visant à contraindre la France à négocier.
En Algérie, le FLN lance une campagne d'attentats urbains particulièrement meurtriers. L'attentat du Milk-Bar à Alger le 30 septembre 1956 et celui du casino de la Corniche le 3 juin 1957 illustrent cette stratégie de la terreur qui frappe aveuglément civils européens et musulmans. La "bataille d'Alger" de 1957, conduite par le général Massu et la 10e division parachutiste, permet de démanteler les réseaux terroristes de la capitale, mais au prix de l'usage systématique de la torture, dénoncé notamment par Henri Alleg dans La Question (1958).
À partir de 1958, le FLN étend son action au territoire métropolitain en visant des objectifs militaires et civils : ministres, policiers, gendarmes, édifices publics, infrastructures stratégiques (voies ferrées, dépôts pétroliers). Les attentats se multiplient jusqu'à atteindre leur paroxysme en 1962, dans les derniers mois du conflit.
L'OAS : le terrorisme au service de l'Algérie française
À partir de 1961, l'Organisation de l'Armée Secrète (OAS), fondée par des militaires et des civils hostiles à la politique d'autodétermination du général de Gaulle, ouvre un second front terroriste. L'OAS commet des attentats en Algérie et en métropole, visant aussi bien des Algériens que des Français : policiers, militaires, fonctionnaires, avocats, édifices publics et entreprises.
L'OAS vise directement le chef de l'État à plusieurs reprises. L'attentat du Petit-Clamart le 22 août 1962, organisé par le lieutenant-colonel Bastien-Thiry, constitue la tentative la plus élaborée d'assassinat du général de Gaulle. Cet événement a des conséquences constitutionnelles majeures puisqu'il sert de catalyseur à la réforme instituant l'élection du président de la République au suffrage universel direct, adoptée par référendum le 28 octobre 1962.
Sur le plan juridique, la répression du terrorisme lié à la guerre d'Algérie s'appuie sur la Cour de sûreté de l'État, juridiction d'exception créée par l'ordonnance du 1er juin 1962, compétente pour juger les atteintes à la sûreté de l'État. Cette juridiction ne sera supprimée qu'en 1981, par la loi du 4 août 1981.
Les prolongements contemporains de la violence d'extrême droite
Au-delà de la guerre d'Algérie, des actes terroristes isolés motivés par l'idéologie d'extrême droite se poursuivent durant les décennies suivantes. Le 14 juillet 2002, Maxime Brunerie tente d'assassiner le président Jacques Chirac lors du défilé militaire. Plus récemment, le groupe des "Barjols", démantelé en 2018, projetait de renverser le gouvernement, d'attaquer le président Emmanuel Macron, de fabriquer des explosifs, d'attaquer des mosquées et d'assassiner des migrants.
À retenir
- La guerre d'Algérie a engendré un terrorisme multiforme : celui du FLN pour l'indépendance, celui de l'OAS pour le maintien de l'Algérie française, et celui des services occultes ("barbouzes")
- L'attentat du Petit-Clamart (22 août 1962) contre de Gaulle a conduit à la réforme constitutionnelle instaurant l'élection présidentielle au suffrage universel direct
- La Cour de sûreté de l'État (1962-1981) a constitué la juridiction d'exception chargée de juger ces affaires
- Le terrorisme lié à ce conflit se chiffre en milliers d'attentats et a causé un nombre considérable de victimes
- La "bataille d'Alger" (1957) illustre la tension entre efficacité sécuritaire et respect des droits fondamentaux