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Le terrorisme d'extrême gauche en France : Action directe et les années de plomb

Action directe, principale organisation terroriste d'extrême gauche en France, a commis plus de 80 attentats et assassinats entre 1979 et 1987. Issue du mouvement autonome et de la lutte anti-franquiste, l'organisation s'est radicalisée jusqu'à assassiner des hauts responsables militaires et des dirigeants d'entreprise. Son démantèlement a coïncidé avec la mise en place du dispositif antiterroriste centralisé par la loi du 9 septembre 1986.

Le contexte européen des années de plomb

Les années 1970 et 1980 voient l'émergence en Europe occidentale d'organisations terroristes d'extrême gauche dont l'action est motivée par des idéologies révolutionnaires. La Fraction Armée Rouge (RAF ou "bande à Baader") en Allemagne et les Brigades Rouges en Italie incarnent cette mouvance qui théorise la lutte armée comme instrument de transformation sociale. La France n'échappe pas à ce phénomène avec l'apparition d'Action directe.

Ces organisations partagent plusieurs caractéristiques communes : une idéologie marxiste-léniniste radicalisée, une structure clandestine cellulaire, le recours aux braquages pour financer leur action (qualifiés d'"expropriations"), et le ciblage de représentants de l'État, du capitalisme et de l'impérialisme américain.

Les origines d'Action directe

Action directe (AD) est née de la convergence de deux mouvances. D'une part, les GARI (Groupes d'Action Révolutionnaire Internationalistes), engagés dans la lutte anti-franquiste, qui refusent de déposer les armes après la mort de Franco en 1975. D'autre part, les NAPAP (Noyaux Armés pour l'Autonomie Populaire), issus du mouvement autonome français. L'organisation se scinde rapidement en plusieurs factions aux orientations idéologiques distinctes : le groupe Rouillan, qui se revendique d'un communisme libertaire "antiautoritaire, antiléniniste et antistalinien", et la branche lyonnaise, qui se définit comme maoïste et antisioniste.

La montée en puissance terroriste (1979-1987)

Le premier attentat revendiqué par Action directe est le mitraillage du siège du Conseil National du Patronat Français (CNPF) à Paris, le 1er mai 1979, date hautement symbolique pour le mouvement ouvrier. L'organisation commet ensuite une série d'attentats contre des édifices publics et des organismes officiels jusqu'en mars 1980. Dix-neuf personnes sont jugées par la Cour de sûreté de l'État.

Malgré l'arrestation de ses principaux dirigeants, Jean-Marc Rouillan, Nathalie Ménigon et André Olivier, qui avouent onze attentats et mitraillages, l'organisation poursuit son action. Elle est dissoute par décret le 24 août 1982 pour apologie de la lutte armée, sur le fondement de la loi du 10 janvier 1936. Mais cette dissolution juridique n'empêche pas la poursuite des actions violentes.

À partir de 1984, Action directe connaît une radicalisation meurtrière. L'organisation assassine des policiers, des gendarmes, des officiers généraux et des dirigeants d'entreprise. L'assassinat du général Audran, directeur des affaires internationales au ministère de la Défense, le 25 janvier 1985, et celui de Georges Besse, PDG de Renault, le 17 novembre 1986, constituent les actes les plus retentissants de cette période.

Le démantèlement et le jugement

Le 21 février 1987, les principaux membres d'Action directe, Rouillan, Ménigon, Aubron et Cipriani, sont arrêtés dans une ferme de Vitry-aux-Loges (Loiret). Les derniers militants de l'organisation sont jugés par une formation spéciale de la cour d'assises de Paris, qui a remplacé la Cour de sûreté de l'État supprimée en 1981.

La loi du 9 septembre 1986, adoptée sous le gouvernement Chirac, a entre-temps créé un dispositif antiterroriste spécifique confiant la poursuite, l'instruction et le jugement des affaires de terrorisme à des magistrats spécialisés du tribunal de grande instance de Paris, instaurant ainsi la centralisation qui caractérise encore aujourd'hui le système français de lutte antiterroriste.

À retenir

  • Action directe (1979-1987) est la principale organisation terroriste d'extrême gauche en France, responsable de plus de 80 attentats et assassinats
  • L'organisation a été dissoute par décret le 24 août 1982 sur le fondement de la loi du 10 janvier 1936
  • L'assassinat de Georges Besse (PDG de Renault, 17 novembre 1986) est l'un des actes les plus marquants d'AD
  • La loi du 9 septembre 1986 crée le dispositif antiterroriste centralisé à Paris qui reste le cadre juridique fondamental de la lutte antiterroriste française
  • Les "années de plomb" touchent simultanément la France (AD), l'Allemagne (RAF) et l'Italie (Brigades Rouges)
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Références

  • Décret du 24 août 1982 portant dissolution d'Action directe
  • Loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées
  • Loi n° 86-1020 du 9 septembre 1986 relative à la lutte contre le terrorisme

Flashcards (6)

2/5 Quel est le premier attentat revendiqué par Action directe et à quelle date ?
Le mitraillage du siège du Conseil National du Patronat Français (CNPF) à Paris, le 1er mai 1979.

5 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Quel haut responsable militaire a été assassiné par Action directe le 25 janvier 1985 ?

Quels sont les principaux membres d'Action directe arrêtés le 21 février 1987 ?

Sur quel fondement juridique Action directe a-t-elle été dissoute en 1982 ?

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