Le terrorisme d'extrême droite en France : des ligues factieuses à la Cagoule
Le terrorisme d'extrême droite en France a connu plusieurs vagues, des ligues royalistes et antisémites du début du XXe siècle à la Cagoule des années 1930, organisation clandestine liée au fascisme italien, puis aux groupuscules islamophobes et antisémites contemporains. Cette menace, souvent sous-estimée, reste permanente comme en témoignent les tentatives d'attentat et les projets de déstabilisation déjoués au XXIe siècle.
L'Action française et la violence politique royaliste
Au début du XXe siècle, la menace terroriste en France se déplace vers l'extrême droite. L'Action française, mouvement fondé par Charles Maurras, développe une idéologie combinant nationalisme intégral, antirépublicanisme et antisémitisme virulent. Les Camelots du roi, créés comme réseau de vendeurs du journal du mouvement, deviennent rapidement une force paramilitaire chargée du service d'ordre et de l'action de rue.
La Ligue d'Action française, fondée en 1905, affiche ouvertement son programme de renversement de la République et de restauration monarchique. Ses membres prêtent serment de combattre le régime républicain et de servir la cause royaliste "par tous les moyens". Cette radicalité programmatique débouche sur des violences répétées contre les intellectuels, universitaires et artistes juifs, ainsi que sur des provocations et des rixes organisées sur la voie publique.
La crise du 6 février 1934 et ses suites
Le 6 février 1934, une manifestation rassemblant diverses ligues nationalistes et d'anciens combattants dégénère place de la Concorde. Une partie des manifestants tente de franchir le pont pour atteindre le Palais Bourbon, dans ce que certains historiens analysent comme une tentative insurrectionnelle visant à favoriser un coup d'État. La police ouvre le feu : seize manifestants et un policier sont tués, et l'on compte environ un millier de blessés. Trois jours plus tard, une contre-manifestation de gauche fait neuf morts supplémentaires.
Cet événement constitue un traumatisme politique majeur. Il provoque la chute du gouvernement Daladier et catalyse le rapprochement des forces de gauche qui aboutira à la formation du Front populaire. C'est d'ailleurs le Front populaire qui, le 18 juin 1936, prononce la dissolution des ligues, mesure prévue par la loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées.
La Cagoule : du complotisme au terrorisme
Dissidents des Camelots du roi reprochant à Maurras son inaction, certains militants fondent le Parti National Révolutionnaire (PNR) en décembre 1935, puis créent l'Organisation Secrète d'Action Révolutionnaire Nationale (OSARN), également connue sous le nom de Comité Secret d'Action Révolutionnaire (CSAR), que la presse surnomme la "Cagoule".
Cette organisation clandestine adopte une structure cellulaire inspirée des services de renseignement et noue des liens étroits avec le régime fasciste de Mussolini. Elle assure l'acheminement d'armes vers les troupes franquistes en Espagne et organise la destruction d'avions que le gouvernement français destinait à l'Espagne républicaine. Le 9 juin 1937, agissant pour le compte des services de renseignement italiens, des membres de la Cagoule assassinent les frères Rosselli, intellectuels antifascistes italiens exilés en France.
Le mouvement commet également des attentats à l'explosif faisant des victimes et envisage un coup d'État militaire avant d'être démantelé par la police. D'importantes caches d'armes sont découvertes et de nombreux membres sont arrêtés. Certains "cagoulards" s'engageront par la suite dans la collaboration avec l'occupant nazi, participant à la persécution des Juifs, et quelques-uns iront jusqu'à combattre sous l'uniforme SS.
Le terrorisme d'extrême droite contemporain
La violence d'extrême droite réapparaît dans les années 1970 sous une forme explicitement islamophobe et antisémite. Des groupuscules tels que "Charles Martel", "Honneur de la Police" et les "Commandos Delta" commettent des assassinats et des attentats à l'explosif ou incendiaires visant la communauté maghrébine, des foyers de travailleurs immigrés (Sonacotra), des organes de presse et des intérêts de pays du Maghreb.
Plus récemment, le 14 juillet 2002, Maxime Brunerie, militant d'extrême droite, tente d'assassiner le président Jacques Chirac lors du défilé militaire des Champs-Élysées. En 2017, le groupe dit des "Barjols", formation ultranationaliste, est démantelé alors qu'il projetait de renverser le gouvernement par la violence et envisageait des attaques contre le président de la République, des élus, des mosquées et des camps de migrants.
À retenir
- La loi du 10 janvier 1936 sur les groupes de combat et milices privées constitue le fondement juridique de la dissolution des ligues et reste applicable aujourd'hui sous une forme modifiée (art. L. 212-1 du Code de la sécurité intérieure)
- La Cagoule (OSARN/CSAR) illustre la connexion entre terrorisme intérieur et ingérences étrangères (Italie fasciste, Espagne franquiste)
- Le 6 février 1934 est un moment charnière qui conduit à la fois au Front populaire et à la radicalisation clandestine de l'extrême droite
- Le terrorisme d'extrême droite contemporain cible prioritairement les communautés musulmane et juive
- La menace d'extrême droite reste d'actualité, comme l'illustre le démantèlement du groupe des Barjols en 2018