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La France et l'OTAN : du retrait gaullien à la réintégration

La France, membre fondateur de l'OTAN en 1949, a connu un parcours singulier marqué par le retrait du commandement intégré en 1966 sous de Gaulle et la réintégration en 2009 sous Sarkozy. L'échec de la CED en 1954 et les tensions récurrentes sur l'autonomie stratégique européenne illustrent le rapport ambivalent de la France à la défense collective atlantique.

La France, membre fondateur de l'Alliance

La France figure parmi les douze signataires originels du Traité de Washington du 4 avril 1949. Elle n'a jamais cessé d'être membre de l'Alliance atlantique au sens politique du terme. Toutefois, la distinction entre l'appartenance à l'Alliance (dimension politique et diplomatique) et la participation à l'organisation militaire intégrée (structure de commandement) est essentielle pour comprendre la singularité de la position française.

Dès les premières années, la France participe pleinement aux structures militaires de l'OTAN. Le Grand Quartier général des puissances alliées en Europe (SHAPE) est d'ailleurs installé à Rocquencourt, près de Paris, et le siège de l'OTAN se trouve à Paris jusqu'en 1967.

Le retrait du commandement intégré en 1966

Le 7 mars 1966, le général de Gaulle adresse un mémorandum au président américain Lyndon Johnson annonçant le retrait de la France du commandement militaire intégré de l'OTAN. Cette décision, effective au 1er juillet 1966, s'inscrit dans la politique d'indépendance nationale et de souveraineté défendue par le chef de l'État. Elle repose sur plusieurs motivations : le refus de la subordination militaire aux États-Unis, la volonté de disposer d'une force de dissuasion nucléaire autonome (la France a réalisé son premier essai nucléaire en 1960), et la contestation de l'hégémonie américaine dans la conduite de l'Alliance.

Les conséquences sont immédiates : les bases militaires américaines et canadiennes présentes en France doivent être évacuées, le SHAPE est transféré à Casteau (Belgique) et le siège de l'OTAN déménage à Bruxelles en 1967. Cependant, des accords bilatéraux (accords Ailleret-Lemnitzer de 1967) organisent la coopération entre les forces françaises et l'OTAN en cas de conflit en Europe, réduisant considérablement la portée pratique du retrait.

Il est fondamental de souligner que la France est restée membre de l'Alliance et liée par les engagements de l'article 5. Seule la participation aux structures de commandement intégré était suspendue.

Le rapprochement progressif et la réintégration de 2009

Après 1966, la coopération entre la France et l'OTAN n'a cessé de se renforcer par étapes. Sous la présidence de François Mitterrand, la France participe activement aux opérations de l'OTAN dans les Balkans dans les années 1990 (Bosnie-Herzégovine, Kosovo). Jacques Chirac amorce un rapprochement en 1995 en décidant la participation française au Comité militaire et à certaines structures de commandement.

Le 4 avril 2009, lors du sommet de Strasbourg-Kehl, le président Nicolas Sarkozy annonce la réintégration pleine et entière de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. Cette décision, validée par un vote de confiance à l'Assemblée nationale le 17 mars 2009 (329 voix contre 238), met fin à 43 ans d'exception française.

La France obtient en contrepartie des postes de commandement importants, notamment le Commandement allié Transformation (ACT) à Norfolk et un commandement de forces interarmées. La réintégration n'a pas mis fin au débat sur l'autonomie stratégique française et européenne, qui demeure un axe structurant de la politique de défense française.

L'échec de la Communauté Européenne de Défense

L'histoire de la relation française à la défense collective est indissociable de l'épisode de la Communauté Européenne de Défense (CED). En octobre 1950, le président du Conseil René Pleven propose la création d'une armée européenne intégrée, incluant des contingents ouest-allemands, dans un cadre supranational. Ce projet, soutenu par Jean Monnet, vise à permettre le réarmement allemand tout en l'encadrant dans une structure européenne.

Le traité instituant la CED est signé le 27 mai 1952 par les six pays de la CECA (France, RFA, Italie, Belgique, Pays-Bas, Luxembourg). Cependant, le débat de ratification en France cristallise les oppositions. Les gaullistes refusent l'abandon de souveraineté militaire, les communistes s'opposent au réarmement allemand, et une partie des radicaux et de la gauche non-communiste est divisée.

Le 30 août 1954, l'Assemblée nationale rejette la ratification du traité par une question préalable (procédure évitant même la discussion du texte), mettant fin au projet. La solution de remplacement viendra des Accords de Paris d'octobre 1954, qui créent l'Union de l'Europe occidentale (UEO) et permettent l'entrée de la RFA dans l'OTAN en 1955.

Cet échec est souvent considéré comme l'un des moments fondateurs du rapport ambigu de la France à la défense intégrée, préfigurant le retrait gaullien de 1966.

À retenir

  • La France est membre fondateur de l'Alliance atlantique depuis 1949, mais a quitté le commandement militaire intégré en 1966 sous l'impulsion du général de Gaulle, sans jamais quitter l'Alliance elle-même.
  • Le retrait de 1966 a été partiellement compensé par des accords de coopération bilatéraux (accords Ailleret-Lemnitzer) maintenant l'interopérabilité des forces.
  • Nicolas Sarkozy a réintégré la France dans le commandement intégré en 2009, après un rapprochement progressif engagé dans les années 1990.
  • L'échec de la Communauté Européenne de Défense (CED) en 1954, rejetée par l'Assemblée nationale, a été un moment fondateur du rapport français à la défense collective.
  • La question de l'autonomie stratégique européenne par rapport à l'OTAN demeure un axe central du débat stratégique français.
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Références

  • Mémorandum du général de Gaulle à Lyndon Johnson, 7 mars 1966
  • Accords Ailleret-Lemnitzer, 1967
  • Traité instituant la Communauté Européenne de Défense, 27 mai 1952
  • Rejet de la CED par l'Assemblée nationale, 30 août 1954
  • Accords de Paris, 23 octobre 1954
  • Sommet de Strasbourg-Kehl, 4 avril 2009

Flashcards (6)

3/5 Lors de quel sommet et à quelle date Nicolas Sarkozy a-t-il annoncé la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN ?
Lors du sommet de Strasbourg-Kehl, le 4 avril 2009.

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QCM

Quelle procédure parlementaire a été utilisée pour rejeter la CED le 30 août 1954 ?

Parmi ces affirmations sur le retrait français de 1966, laquelle est exacte ?

Quelle a été la conséquence institutionnelle des Accords de Paris de 1954, après l'échec de la CED ?

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