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L'héritage colonial et la formation de l'outre-mer français contemporain

L'outre-mer français contemporain résulte de quatre siècles d'histoire coloniale, depuis les possessions de l'Ancien Régime jusqu'aux dernières décolonisations des années 1970-1980. La formation du second empire colonial sous la IIIe République puis le processus de décolonisation ont façonné la géographie institutionnelle actuelle, marquée par la départementalisation de 1946 et les évolutions statutaires successives dont la départementalisation de Mayotte en 2011.

Les possessions de l'Ancien Régime et le premier empire colonial

L'outre-mer français contemporain est le résidu d'une histoire coloniale qui s'étend sur plus de quatre siècles. Le premier empire colonial français, constitué principalement aux XVIIe et XVIIIe siècles, couvrait des territoires considérables. La Nouvelle-France englobait le Canada, la Baie d'Hudson, l'Acadie, Terre-Neuve, Saint-Pierre-et-Miquelon et la Louisiane. Aux Antilles, la France possédait Saint-Domingue (actuelles Haïti et République dominicaine), la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, la Dominique, Grenade et Tobago. Dans l'océan Indien, les possessions incluaient l'île Bourbon (La Réunion), l'île Maurice, Rodrigues, l'archipel des Seychelles et les cinq comptoirs indiens (Chandernagor, Mahé, Karikal, Pondichéry, Yanaon). En Afrique, la France tenait Gorée et Saint-Louis au Sénégal.

Les défaites militaires et les traités de paix du XVIIIe siècle ont considérablement réduit cet ensemble. Le traité d'Utrecht (1713) a entraîné la cession de l'Acadie, de Terre-Neuve et de la Baie d'Hudson à l'Angleterre. Le traité de Paris (1763), concluant la guerre de Sept Ans, a consommé la perte du Canada, de la Louisiane (cédée à l'Espagne) et de la quasi-totalité des possessions indiennes. La perte de Saint-Domingue, où la révolte des esclaves menée par Toussaint Louverture a conduit à l'indépendance d'Haïti en 1804, a privé la France de sa colonie la plus riche.

Après la chute du Premier Empire en 1815, le domaine colonial français se trouve réduit à un ensemble modeste : les cinq comptoirs des Établissements français de l'Inde, La Réunion, Gorée, la Guadeloupe, la Martinique, Saint-Martin, la Guyane et Saint-Pierre-et-Miquelon.

Le second empire colonial sous les IIIe et IVe Républiques

La reconstitution d'un vaste empire colonial s'opère principalement sous la IIIe République (1870-1940), dans le contexte de la rivalité impérialiste européenne. Cet empire se déploie sur trois axes géographiques majeurs.

En Afrique du Nord, la conquête de l'Algérie, engagée en 1830, aboutit à la création de départements français (l'Algérie sera composée de trois départements à partir de 1848, portés à quinze en 1956). Les protectorats de Tunisie (traité du Bardo, 1881) et du Maroc (traité de Fès, 1912) complètent la présence française au Maghreb.

En Afrique subsaharienne, deux fédérations structurent l'administration coloniale. L'Afrique-Occidentale française (AOF), créée en 1895, regroupe huit territoires (actuels Sénégal, Mali, Burkina Faso, Guinée, Côte d'Ivoire, Niger, Bénin, Mauritanie). L'Afrique-Équatoriale française (AEF), constituée en 1910, comprend quatre territoires (actuels Gabon, Congo, Tchad, République centrafricaine). Madagascar, le Cameroun, le Togo et la Côte française des Somalis (actuel Djibouti) s'ajoutent à cet ensemble africain.

En Asie, la Fédération indochinoise, progressivement constituée à partir de 1887, regroupe les territoires des actuels Cambodge, Laos et Vietnam. Des concessions françaises existent dans plusieurs villes chinoises, notamment Canton et Shanghai.

Dans le Pacifique, la Nouvelle-Calédonie (annexée en 1853), la Polynésie française, Wallis-et-Futuna et le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides (actuel Vanuatu) forment l'ensemble océanien.

La décolonisation et la formation de l'outre-mer actuel

La décolonisation, amorcée après la Seconde Guerre mondiale, transforme radicalement la carte de l'empire. La loi de départementalisation du 19 mars 1946 transforme la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion en départements d'outre-mer, dans une logique d'assimilation. La Constitution de la IVe République (1946) crée l'Union française et substitue la notion de "territoires d'outre-mer" à celle de "colonies".

La guerre d'Indochine (1946-1954) et la défaite de Diên Biên Phu conduisent à la perte de l'ensemble indochinois. Les protectorats de Tunisie et du Maroc accèdent à l'indépendance en 1956. Les comptoirs indiens sont rétrocédés à l'Inde (traité de cession de 1956, ratifié en 1962). L'Afrique subsaharienne accède massivement à l'indépendance en 1960, à la suite du référendum constitutionnel de 1958 et de la loi-cadre Defferre du 23 juin 1956 qui avait amorcé l'autonomie interne des territoires. La guerre d'Algérie (1954-1962) se conclut par les accords d'Évian et l'indépendance.

Les dernières décolonisations concernent les Comores (indépendance en 1975, Mayotte choisissant de rester française), Djibouti (1977) et les Nouvelles-Hébrides devenues Vanuatu (1980). Ce processus historique a façonné la géographie actuelle de l'outre-mer français, composée de territoires dispersés sur tous les océans.

La départementalisation de Mayotte

Mayotte constitue un cas singulier dans l'histoire de la décolonisation française. Lors du référendum d'autodétermination des Comores en 1974, Mayotte a voté à 63,8 % contre l'indépendance, alors que les trois autres îles de l'archipel se prononçaient massivement pour. La France a alors maintenu sa souveraineté sur Mayotte, contrairement à la position des Nations Unies qui considèrent l'archipel des Comores dans son intégrité.

Après avoir été collectivité territoriale puis collectivité départementale, Mayotte est devenue le 101e département français et le 5e DROM le 31 mars 2011, à la suite du référendum du 29 mars 2009 où 95,2 % des votants se sont prononcés en faveur de la départementalisation. Cette évolution statutaire illustre la plasticité du cadre constitutionnel de l'outre-mer.

À retenir

  • Le premier empire colonial français, constitué aux XVIIe-XVIIIe siècles, a été largement perdu par les traités d'Utrecht (1713) et de Paris (1763), puis par l'indépendance d'Haïti (1804).
  • Le second empire colonial, bâti sous la IIIe République, comprenait l'Algérie, les protectorats nord-africains, l'AOF, l'AEF, l'Indochine et les territoires du Pacifique.
  • La décolonisation (1946-1980) a transformé l'empire en un ensemble dispersé de territoires ultramarins, la loi de départementalisation de 1946 ayant intégré quatre colonies antillaises et réunionnaise au droit commun.
  • Mayotte, seule île des Comores à avoir refusé l'indépendance en 1974, est devenue le 101e département français en 2011 après un référendum en 2009.
  • L'outre-mer français actuel est le produit direct de cette histoire coloniale, ce qui explique la diversité géographique, culturelle et statutaire des territoires concernés.
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Références

  • Traité d'Utrecht, 1713
  • Traité de Paris, 1763
  • Loi de départementalisation du 19 mars 1946
  • Loi-cadre Defferre du 23 juin 1956
  • Constitution du 27 octobre 1946 (IVe République)
  • Traité du Bardo, 1881 (Tunisie)
  • Traité de Fès, 1912 (Maroc)
  • Loi constitutionnelle du 28 mars 2003
  • Référendum du 29 mars 2009 (Mayotte)

Flashcards (5)

4/5 Pourquoi Mayotte a-t-elle un statut différent des autres îles des Comores ?
Lors du référendum d'autodétermination de 1974, Mayotte a voté à 63,8 % contre l'indépendance, contrairement aux trois autres îles. La France a maintenu sa souveraineté sur Mayotte, malgré la position des Nations Unies favorable à l'intégrité territoriale de l'archipel.

4 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

En quelle année la loi de départementalisation a-t-elle transformé la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et La Réunion en DOM ?

Quel référendum les électeurs de Martinique ont-ils rejeté le 10 janvier 2010 ?

Quel traité a entraîné la perte du Canada par la France ?

Quel événement a conduit Mayotte à devenir le 101e département français ?

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