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L'OTAN et la Russie : de la promesse de 1990 à la confrontation de 2022

Les relations OTAN-Russie se sont dégradées depuis la fin de la guerre froide autour de la question de l'élargissement vers l'Est et du bouclier antimissile. Le sommet de Madrid (2022) a marqué un tournant en désignant la Russie comme menace principale. L'agression russe a paradoxalement renforcé l'Alliance qu'elle prétendait combattre, illustrant le dilemme de sécurité.

Les origines du contentieux : l'élargissement de l'OTAN vers l'Est

La question de l'élargissement de l'OTAN vers l'Est constitue le noeud gordien des relations entre la Russie et l'Occident depuis la fin de la guerre froide. Lors des négociations sur la réunification allemande en 1990, le secrétaire d'État américain James Baker aurait assuré à Mikhaïl Gorbatchev que l'OTAN ne s'étendrait « pas d'un pouce vers l'Est ». Cependant, cette promesse, dont l'existence même fait l'objet de débats historiographiques, ne portait que sur le territoire de l'ancienne RDA et n'a jamais été formalisée dans un traité. Le mémorandum de Budapest de 1994, par lequel l'Ukraine renonçait à son arsenal nucléaire en échange de garanties de sécurité de la Russie, des États-Unis et du Royaume-Uni, constitue en revanche un engagement juridiquement plus substantiel, dont la violation par la Russie en 2014 a profondément ébranlé le régime de non-prolifération nucléaire.

L'OTAN a néanmoins procédé à plusieurs vagues d'élargissement : la Pologne, la Hongrie et la République tchèque en 1999, puis sept pays d'Europe centrale et orientale en 2004 (dont les États baltes, anciens territoires soviétiques). Ce processus, perçu par Moscou comme un encerclement stratégique, a été dénoncé dès 2007 par Vladimir Poutine lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, dans un discours considéré comme le point de rupture avec l'ordre post-guerre froide.

Le déploiement du bouclier antimissile : un facteur aggravant

L'installation d'un bouclier antimissile américain en Europe de l'Est a constitué un irritant majeur dans les relations russo-occidentales. Déployé en Roumanie dès 2016, puis complété par une installation en Pologne en 2020, ce système de défense (Aegis Ashore) était officiellement destiné à contrer une éventuelle menace balistique iranienne. La Russie a rejeté cette explication, considérant que le système pouvait être reconverti en plateforme de lancement offensive capable de menacer son territoire. Ce contentieux rappelle la crise des euromissiles des années 1980, lorsque le déploiement des Pershing II américains en Europe occidentale avait provoqué une escalade des tensions Est-Ouest.

La dénonciation par les États-Unis du traité sur les Forces nucléaires à portée intermédiaire (FNI) en 2019, suivi du retrait du traité Ciel ouvert en 2020, a achevé de démanteler l'architecture de maîtrise des armements héritée de la guerre froide, renforçant le sentiment d'insécurité russe.

Le sommet de Madrid (2022) : un tournant stratégique

Le sommet de l'OTAN tenu à Madrid les 29 et 30 juin 2022 a marqué un tournant historique dans la posture de l'Alliance. Le nouveau Concept stratégique, adopté à cette occasion, désigne pour la première fois la Russie comme « la menace la plus importante et la plus directe pour la sécurité des Alliés ». Ce document remplace celui de Lisbonne (2010) qui qualifiait encore la Russie de « partenaire stratégique ». Le sommet a également entériné l'invitation de la Finlande et de la Suède à rejoindre l'Alliance, mettant fin à des décennies de neutralité scandinave et doublant la longueur de la frontière terrestre OTAN-Russie.

Le sommet a par ailleurs décidé le renforcement massif du flanc oriental de l'Alliance, avec le passage de quatre à huit groupements tactiques multinationaux, le déploiement de 40 000 soldats sous commandement direct de l'OTAN et la mise en place d'une force de réaction rapide portée à 300 000 hommes. Ces décisions traduisent un retour à la posture de défense collective (article 5 du Traité de l'Atlantique Nord) qui avait été reléguée au second plan après 1991 au profit des opérations de gestion de crise.

Le paradoxe stratégique de Poutine

L'un des paradoxes majeurs de l'offensive russe en Ukraine réside dans ses conséquences stratégiques. Alors que Vladimir Poutine invoquait la menace de l'élargissement de l'OTAN pour justifier son agression, celle-ci a précisément provoqué ce qu'elle prétendait empêcher : l'adhésion de la Finlande (avril 2023) et de la Suède (mars 2024) à l'Alliance atlantique, le renforcement spectaculaire du dispositif militaire allié en Europe de l'Est, et l'augmentation massive des budgets de défense européens. L'Allemagne a ainsi annoncé un fonds spécial de 100 milliards d'euros pour la Bundeswehr et s'est engagée à dépasser l'objectif de 2 % du PIB consacré à la défense. Ce phénomène illustre le concept de dilemme de sécurité théorisé par John Herz en 1950 : les mesures prises par un État pour accroître sa sécurité provoquent une réaction adverse qui diminue finalement cette sécurité.

À retenir

  • La promesse de non-élargissement de l'OTAN vers l'Est (1990) n'a jamais été formalisée dans un traité et ne portait que sur l'ex-RDA.
  • Le mémorandum de Budapest (1994) garantissait l'intégrité territoriale de l'Ukraine en échange de sa dénucléarisation, engagement violé par la Russie en 2014.
  • Le sommet de Madrid (2022) a désigné la Russie comme la menace principale pour l'Alliance et entériné l'adhésion finlandaise et suédoise.
  • L'agression russe a produit l'effet inverse de celui recherché : renforcement de l'OTAN, élargissement et hausse des budgets de défense européens (dilemme de sécurité).
  • Le démantèlement de l'architecture de maîtrise des armements (traités FNI, Ciel ouvert) a fragilisé la stabilité stratégique en Europe.
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Références

  • Mémorandum de Budapest, 1994
  • Discours de V. Poutine à la Conférence de Munich, 2007
  • Concept stratégique de l'OTAN, Madrid, 2022
  • Traité FNI (1987), dénoncé en 2019
  • Traité Ciel ouvert (1992), retrait américain en 2020
  • Article 5 du Traité de l'Atlantique Nord, 1949
  • HERZ John, Political Realism and Political Idealism, 1951
  • BONIFACE Pascal, Guerre en Ukraine : quelle nouvelle donne géopolitique ?, 2022

Flashcards (6)

3/5 Qu'est-ce que le dilemme de sécurité en relations internationales ?
Concept théorisé par John Herz (1950) selon lequel les mesures prises par un État pour accroître sa sécurité provoquent des réactions adverses qui diminuent finalement cette sécurité.

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QCM

Pourquoi le mémorandum de Budapest (1994) est-il significatif dans le contexte de la guerre en Ukraine ?

Qu'illustre le concept de « dilemme de sécurité » dans le contexte de la guerre en Ukraine ?

Quel document a été adopté lors du sommet de l'OTAN à Madrid en juin 2022 ?

Quel traité de maîtrise des armements les États-Unis ont-ils dénoncé en 2019, fragilisant la stabilité stratégique en Europe ?

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