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Les organes d'inspection et de contrôle de l'administration

Les organes d'inspection et de contrôle de l'administration, dont certains remontent à l'Ancien Régime, exercent des missions de contrôle, d'inspection, d'audit et d'évaluation des politiques publiques. Le décret du 9 mars 2022 a unifié leur statut dans le cadre de la réforme de la haute fonction publique. Leur indépendance fonctionnelle et la publication de leurs rapports constituent des garanties essentielles de leur crédibilité.

Origines et fondements des inspections générales

Les corps d'inspection et de contrôle constituent l'un des héritages les plus anciens de l'organisation administrative française. Leur existence traduit un principe fondamental du droit public : la nécessité pour l'autorité hiérarchique de vérifier que ses instructions sont correctement exécutées et que les deniers publics sont régulièrement employés. Ce principe se rattache au pouvoir hiérarchique reconnu de longue date par la jurisprudence administrative (CE, 30 juin 1950, Quéralt).

Certaines inspections remontent à l'Ancien Régime ou aux premières années du XIXe siècle. La fonction d'inspecteur général de l'administration a été créée dès 1780, avant même la Révolution, afin de vérifier la bonne application des mesures d'économies décidées par le gouvernement. L'Inspection générale des finances (IGF) a été instituée par l'ordonnance du 9 mai 1831, ce qui en fait l'une des plus anciennes inspections encore en activité. L'Inspection des lycées, ancêtre de l'Inspection générale de l'éducation nationale, a été mise en place par Napoléon Ier en 1802 pour contrôler le contenu de l'enseignement.

Panorama des principales inspections générales

Chaque ministère dispose en principe de son propre corps d'inspection. Parmi les plus importants, on peut citer :

  • L'Inspection générale des finances (IGF), créée en 1831, contrôle le respect des règles de gestion publique par les collectivités publiques, la gestion financière des organismes de sécurité sociale et des entreprises publiques.
  • L'Inspection générale de l'administration (IGA), dont les origines remontent à 1780, a été formalisée en 1948. Elle contrôle notamment les services de police et l'administration territoriale de l'État.
  • L'Inspection générale de l'éducation nationale, héritière de l'Inspection des lycées (1802) et de l'Inspection générale de l'instruction publique (1852, sous Napoléon III), a pris sa forme actuelle en 1980.
  • L'Inspection générale des affaires sociales (IGAS), créée par le décret du 11 mai 1967, qui contrôle le secteur sanitaire et social et signale les irrégularités de gestion de certaines associations.
  • L'Inspection générale de l'environnement et du développement durable (IGEDD), créée par le décret du 20 juillet 2022, qui conseille le gouvernement sur la transition écologique, l'urbanisme, le logement, les mobilités, l'eau et la biodiversité.
  • Le Contrôle général des armées (CGA), rattaché au ministre des Armées, qui exerce un contrôle sur l'ensemble des organismes relevant de la défense.

L'unification statutaire de 2022

Le décret du 9 mars 2022 a constitué une réforme majeure en fixant un statut commun pour l'ensemble des inspections générales interministérielles. Cette réforme s'inscrit dans le prolongement de l'ordonnance du 2 juin 2021 portant réforme de l'encadrement supérieur de la fonction publique de l'État, qui a supprimé les grands corps traditionnels (dont le corps des inspecteurs des finances) au profit d'un corps unique des administrateurs de l'État.

Ce statut commun vise à harmoniser les règles applicables aux membres des différentes inspections : conditions de nomination, durée des fonctions, obligations déontologiques, garanties d'indépendance dans l'exercice des missions. Il cherche à renforcer la professionnalisation et la crédibilité de ces corps en les soumettant à des exigences uniformes.

Les missions des organes d'inspection et de contrôle

Les inspections générales exercent des missions qui se sont considérablement diversifiées au fil du temps. On distingue classiquement quatre fonctions principales.

Le contrôle consiste à vérifier que les instructions données par le pouvoir politique sont correctement exécutées par les services et que les résultats correspondent aux objectifs assignés. Il s'agit d'une fonction de conformité qui s'exerce en premier lieu sur les administrations relevant du ministère de rattachement.

L'inspection proprement dite vise à s'assurer que les mécanismes de contrôle interne fonctionnent correctement au sein des services inspectés. L'inspecteur vérifie que les procédures internes d'autocontrôle sont effectives et efficaces.

L'audit a pour objet d'évaluer de manière méthodique et indépendante les processus de gestion et de recommander des améliorations. Il s'inspire des méthodes issues du secteur privé et s'est développé dans l'administration à partir des années 2000, notamment sous l'influence de la LOLF du 1er août 2001 et de sa logique de performance.

L'évaluation des politiques publiques consiste à apprécier l'efficacité, l'efficience et la pertinence d'une politique au regard de ses objectifs et de ses effets réels. Cette fonction a pris une importance croissante, les inspections contribuant à informer le ministre et à formuler des propositions d'amélioration.

Indépendance et publication des travaux

Bien que les corps d'inspection soient placés au sein du ministère qu'ils contrôlent, ils bénéficient d'une indépendance fonctionnelle dans l'exercice de leurs missions. Cette indépendance est garantie par le niveau élevé de recrutement de leurs membres (généralement des hauts fonctionnaires d'expérience) et par les garanties statutaires dont ils disposent.

La publication des rapports constitue un levier majeur d'influence. La transparence croissante dans la diffusion des travaux des inspections, encouragée par les obligations issues de la loi du 7 octobre 2016 pour une République numérique et du droit d'accès aux documents administratifs (loi du 17 juillet 1978, codifiée au Code des relations entre le public et l'administration), contribue à renforcer l'accountability de l'administration et à nourrir le débat public.

À retenir

  • Les inspections générales sont des services spécialisés, souvent très anciens (IGF : 1831, IGA : origines en 1780), qui contrôlent la régularité et l'efficacité du fonctionnement des administrations.
  • Leurs missions se déclinent en quatre fonctions : contrôle, inspection, audit et évaluation des politiques publiques.
  • Le décret du 9 mars 2022 a unifié le statut des inspections générales, dans le prolongement de la réforme de la haute fonction publique de 2021.
  • L'indépendance fonctionnelle des corps d'inspection et la publication de leurs rapports garantissent la crédibilité de leurs travaux.
  • La LOLF du 1er août 2001 a renforcé la logique d'audit et de performance au sein de l'administration.
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Références

  • Ordonnance du 9 mai 1831 créant l'Inspection générale des finances
  • Décret du 11 mai 1967 créant l'IGAS
  • Décret du 20 juillet 2022 créant l'IGEDD
  • Décret du 9 mars 2022 portant statut commun des inspections générales
  • Ordonnance du 2 juin 2021 portant réforme de l'encadrement supérieur de la fonction publique
  • LOLF du 1er août 2001
  • CE, 30 juin 1950, Quéralt
  • J.-L. Pissaloux, « Les inspections générales au sein de l'administration française », RFAP 2015, n° 155, p. 601

Flashcards (6)

2/5 En quelle année l'Inspection générale des finances a-t-elle été créée et par quel texte ?
Par l'ordonnance du 9 mai 1831.

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QCM

L'Inspection générale des affaires sociales a notamment pour rôle de :

Parmi les inspections suivantes, laquelle est la plus ancienne ?

Quel texte a unifié le statut des inspections générales ?

Quelle loi a renforcé la logique d'audit et de performance au sein de l'administration française ?

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