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L'administration électronique et la dématérialisation des services publics

L'administration électronique, développée à partir du programme ADELE puis généralisée avec des outils comme FranceConnect, a profondément simplifié les démarches. Cependant, la dématérialisation soulève un défi majeur d'égalité d'accès lié à la fracture numérique, auquel répondent les Maisons France Services et l'obligation de maintenir des voies alternatives.

La transformation numérique de l'administration constitue le levier contemporain le plus puissant de la simplification des démarches. De la mise en place de téléprocédures pionnières au déploiement de plateformes intégrées, le passage au numérique a profondément modifié les modalités d'accès aux services publics, tout en soulevant de nouvelles questions d'égalité et d'inclusion.

Du projet ADELE à la dématérialisation généralisée

Le programme ADELE (Administration ELEctronique), lancé pour la période 2004-2007, a constitué la première stratégie d'ensemble pour le développement de l'administration en ligne. Il visait à rendre accessibles par voie électronique l'ensemble des démarches administratives les plus courantes. Parmi les réalisations concrètes, on peut citer la télédéclaration fiscale, devenue progressivement obligatoire pour l'ensemble des contribuables (obligatoire pour tous depuis 2019), et la déclaration unique de changement d'adresse via internet.

La dématérialisation s'est ensuite accélérée avec la plateforme FranceConnect, outil d'identification numérique commun permettant aux usagers de s'authentifier auprès de multiples services publics avec un identifiant unique. Ce dispositif, lancé en 2016, comptait plus de 40 millions d'utilisateurs en 2023. Le portail service-public.fr, édité par la Direction de l'information légale et administrative (DILA), centralise l'information administrative et offre un accès à de nombreuses téléprocédures.

Le pré-remplissage des formulaires par l'administration à partir des données déjà en sa possession (notamment la déclaration de revenus pré-remplie, généralisée à partir de 2006) illustre la volonté de réduire la charge administrative pesant sur l'usager. Ce mécanisme est complémentaire du principe "dites-le nous une fois", qui organise la transmission interadministrative de données pour éviter les demandes redondantes.

Les structures pilotes de la modernisation numérique

Plusieurs structures se sont succédé pour piloter ces transformations, reflétant l'importance croissante accordée au numérique. La Commission pour la simplification des formalités (COSIFORM), créée par décret du 18 décembre 1990, a cédé la place à la Commission pour les simplifications administratives (COSA, décret du 2 décembre 1998). Lui ont succédé la Délégation aux usagers et aux simplifications administratives (DUSA, décret du 21 février 2003), puis la Direction générale de la modernisation de l'État (DGME, décret du 30 décembre 2005).

Depuis 2017, c'est la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP, décret du 20 novembre 2017) qui pilote la politique de modernisation. Elle travaille en lien étroit avec la Direction interministérielle du numérique (DINUM), chargée spécifiquement de la stratégie numérique de l'État. La création d'un ministère de la Transformation et de la Fonction publiques lors de certains remaniements a témoigné de l'élévation de ces enjeux au niveau gouvernemental.

La fracture numérique : un défi pour l'égalité d'accès

La dématérialisation généralisée a fait émerger un risque majeur : celui de la fracture numérique (illectronisme). Selon le rapport du Défenseur des droits de 2019 intitulé Dématérialisation et inégalités d'accès aux services publics, environ 13 millions de Français éprouvaient des difficultés avec les usages numériques. Le Plan France Très Haut Débit, lancé en 2013, visait à couvrir l'ensemble du territoire en accès supérieur à 30 mégabits par seconde, le débit nécessaire pour une démarche administrative en ligne étant estimé entre 3 et 8 mégabits par seconde.

Pour remédier à cette exclusion, plusieurs dispositifs ont été mis en place. Les Maisons France Services (anciennement Maisons de services au public), déployées à partir de 2020, offrent un accompagnement humain de proximité. Le Pass numérique, expérimenté à partir de 2019, permet aux personnes éloignées du numérique de bénéficier de formations. Le Conseil d'État, dans son étude annuelle de 2014 Le numérique et les droits fondamentaux, a souligné que la dématérialisation ne devait pas porter atteinte au principe d'égalité devant le service public (CE Sect., 9 mars 1951, Société des concerts du Conservatoire).

La loi ESSOC de 2018 a d'ailleurs prévu l'obligation de maintenir une voie alternative non numérique pour les démarches administratives, et le Défenseur des droits veille au respect de ce droit. Le juge administratif a également sanctionné des cas où la dématérialisation exclusive constituait une rupture d'égalité (TA Paris, 21 mars 2019, concernant les prises de rendez-vous en préfecture pour les titres de séjour).

À retenir

  • Le programme ADELE (2004-2007) a initié la stratégie d'administration électronique, prolongée par des outils comme FranceConnect et service-public.fr.
  • La succession des structures pilotes (COSIFORM, COSA, DUSA, DGME, DITP) reflète la montée en puissance de la modernisation administrative.
  • La fracture numérique constitue le principal risque de la dématérialisation, menaçant le principe d'égalité devant le service public.
  • Les Maisons France Services et le maintien de voies alternatives non numériques visent à garantir l'accès de tous aux démarches administratives.
  • Le juge administratif veille à ce que la dématérialisation ne crée pas de rupture d'égalité (TA Paris, 21 mars 2019).
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Références

  • Programme ADELE (2004-2007)
  • Décret du 18 décembre 1990 (COSIFORM)
  • Décret du 2 décembre 1998 (COSA)
  • Décret du 21 février 2003 (DUSA)
  • Décret du 30 décembre 2005 (DGME)
  • Décret du 20 novembre 2017 (DITP)
  • Plan France Très Haut Débit (2013)
  • CE Sect., 9 mars 1951, Société des concerts du Conservatoire
  • Défenseur des droits, Dématérialisation et inégalités d'accès aux services publics, 2019
  • TA Paris, 21 mars 2019 (rendez-vous préfecture titres de séjour)
  • Loi ESSOC du 10 août 2018

Flashcards (7)

4/5 Citez les structures successivement chargées de la simplification administrative, dans l'ordre chronologique.
COSIFORM (1990), COSA (1998), DUSA (2003), DGME (2005), DITP (2017).

6 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Depuis quelle année la télédéclaration fiscale est-elle obligatoire pour l'ensemble des contribuables ?

Que sont les Maisons France Services ?

Quel est le principal risque juridique lié à la dématérialisation totale des démarches administratives ?

Quelle structure a précédé directement la DITP dans le pilotage de la modernisation de l'État ?

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