Le XIXe siècle des révolutions : 1830, 1848 et la Commune de Paris
Le XIXe siècle français est ponctué de trois séquences révolutionnaires majeures (1830, 1848, 1871) qui prolongent et réinterprètent l'héritage de 1789. Chacune naît de la conjonction d'une crise (économique ou militaire), de l'échec de réformes et d'un renouveau intellectuel, et se diffuse à l'échelle européenne voire mondiale.
Le XIXe siècle français est marqué par une succession de soubresauts révolutionnaires qui témoignent du caractère inachevé de la Révolution de 1789. Chaque mouvement insurrectionnel puise dans l'héritage de la Grande Révolution tout en répondant à des contextes économiques, sociaux et politiques spécifiques. Les forces politiques héritées de 1789 (conservateurs, libéraux, démocrates socialistes) se recomposent et s'affrontent au fil des crises.
Les Trois Glorieuses de 1830 : une révolution libérale
La monarchie restaurée après 1815 repose sur la Charte constitutionnelle, texte libéral prévoyant la séparation des pouvoirs. Cependant, dans les années 1820, un tournant conservateur est pris sous l'impulsion du roi Charles X et de la majorité ultra-royaliste. Les élections législatives de 1827 consacrent la victoire de l'opposition libérale, mais le roi refuse d'en tirer les conséquences.
En mai 1830, Charles X dissout l'Assemblée à majorité libérale. Les nouvelles élections étant de nouveau favorables à l'opposition, il récidive le 25 juillet 1830 en promulguant les ordonnances de Saint-Cloud : nouvelle dissolution, restriction du suffrage et suppression de la liberté de la presse. Dans un contexte de crise économique et de chômage, ces mesures provoquent la révolte.
La presse d'opposition joue un rôle déterminant. Quarante-quatre journalistes de douze journaux, parmi lesquels le Journal des débats, le Constitutionnel et le National d'Adolphe Thiers, publient une protestation commune déclarant que "le régime légal est interrompu, celui de la force est commencé". Les Trois Glorieuses (27, 28, 29 juillet 1830) voient Paris se couvrir de barricades sous le commandement d'anciens officiers d'Empire et de jeunes polytechniciens. Le bilan est lourd : 700 morts parmi les Parisiens et 2 000 blessés.
L'issue politique de la révolution est cependant confisquée par les libéraux. Les républicains, insuffisamment nombreux parmi les insurgés, ne parviennent pas à imposer la république. La Fayette se rallie aux libéraux et présente le duc d'Orléans au balcon de l'Hôtel de Ville le 31 juillet. Le 9 août, la Charte constitutionnelle est révisée et le duc d'Orléans devient Louis-Philippe Ier, "roi des Français" (et non plus roi de France), marquant la substitution d'une souveraineté nationale à la souveraineté de droit divin. La révolte des canuts lyonnais en 1831, première grande insurrection ouvrière, montre toutefois que la question sociale reste irrésolue.
La révolution de 1848 : le printemps des peuples
L'"esprit de 1848" naît d'un double mouvement : une crise économique (agricole et industrielle) qui fait flamber le prix du pain, et une effervescence intellectuelle nourrie par le courant socialiste (Saint-Simon, Fourier, Cabet, Proudhon, Louis Blanc) et le romantisme politique. Des poètes et écrivains s'engagent : Lamartine défend le gouvernement provisoire, Baudelaire prend le fusil en février, George Sand se range d'abord du côté du gouvernement avant de s'opposer à sa réaction, tandis que Victor Hugo entame son parcours de poète républicain.
L'interdiction du banquet réformiste parisien le 21 février 1848, revendiquant l'élargissement du suffrage censitaire, déclenche les journées de février. Paris se couvre de barricades, rappelant 1830. Le 24 février, la République est proclamée. Le suffrage universel masculin est instauré, faisant passer le corps électoral de 240 000 à 9 millions d'électeurs. Le 25 février, le "droit au travail" est consacré par décret et des ateliers nationaux sont créés pour employer 100 000 chômeurs. Le 27 février, la peine de mort en matière politique est supprimée. Le 27 avril 1848, l'esclavage est aboli dans les colonies françaises par le décret préparé par Victor Schoelcher.
Mais la révolution sociale est rapidement contenue. Les élections d'avril portent les républicains modérés au pouvoir. La fermeture des ateliers nationaux le 22 juin provoque une insurrection ouvrière d'une extrême violence : les journées de Juin font 3 000 morts parmi les insurgés et 1 500 parmi les forces de l'ordre. Le général Cavaignac rétablit l'ordre par la force. L'élection de Louis-Napoléon Bonaparte à la présidence de la République le 10 décembre 1848, au suffrage universel masculin, marque le début d'un processus qui conduira au coup d'État du 2 décembre 1851 puis au Second Empire.
La chute du Second Empire et la Commune de Paris (1870-1871)
Contrairement aux révolutions précédentes, celle de 1870 ne naît pas d'un marasme économique mais d'un échec militaire. Le Second Empire, qui avait assuré la prospérité du pays, s'effondre avec la défaite de Sedan le 2 septembre 1870 face à la Prusse. La République est proclamée le 4 septembre par Léon Gambetta au balcon de l'Hôtel de Ville, dans une révolution rapide et peu meurtrière qui use davantage de la violence verbale que physique.
La Commune de Paris (18 mars au 28 mai 1871) constitue un phénomène distinct, né de la conjonction du siège prussien, de l'humiliation des conditions de paix (perte de l'Alsace et d'une partie de la Moselle, indemnité de 5 milliards de francs), et du sentiment d'abandon de Paris par le gouvernement installé à Versailles. L'étincelle est la tentative du gouvernement de retirer les canons de Montmartre et Belleville dans la nuit du 17 au 18 mars 1871.
Malgré sa brièveté (72 jours), la Commune adopte des mesures novatrices : séparation de l'Église et de l'État (2 avril), réquisition des ateliers abandonnés (16 avril), interdiction du travail de nuit dans les boulangeries (28 avril), laïcisation de l'enseignement (19 mai). Karl Marx, spectateur de l'événement, la qualifie de première révolution du XXe siècle et la décrit dans La Guerre civile en France (1871) comme la réalisation du programme communiste : suppression de l'armée permanente, élection et révocabilité de tous les fonctionnaires, salaire ouvrier pour toutes les fonctions publiques.
La répression de la Semaine sanglante (21-28 mai 1871) est féroce : 4 000 morts chez les Communards, 900 chez les Versaillais. Adolphe Thiers se félicite d'avoir "éradiqué le socialisme". La Commune consomme la scission entre le mouvement socialiste révolutionnaire et le mouvement républicain, posant les bases d'une République conservatrice.
La dimension européenne des révolutions du XIXe siècle
Chacune des révolutions françaises du XIXe siècle se diffuse en Europe. En 1830, au cri de "Faisons comme les Français !", la Belgique conquiert son indépendance, les Polonais se soulèvent contre le tsar, les libéraux allemands et les nationalistes italiens (Giuseppe Mazzini fonde la Jeune Italie en 1831) s'insurgent. Le "printemps des peuples" de 1848, qui ne commence pas à Paris mais à Cracovie en 1846 et Palerme en janvier 1848, prend une dimension véritablement mondiale, touchant l'Inde, Ceylan, le Canada, Cuba et la Colombie. La circulation des idées révolutionnaires est portée par les migrants européens, notamment les révolutionnaires radicaux réfugiés dans les colonies.
À retenir
- Les Trois Glorieuses de 1830 enracinent les acquis libéraux de 1789 mais ne résolvent pas la question sociale, comme le montre la révolte des canuts de 1831.
- La révolution de 1848 instaure le suffrage universel masculin, abolit l'esclavage et consacre le droit au travail, mais les journées de Juin révèlent la fracture entre bourgeoisie républicaine et mouvement ouvrier.
- La Commune de Paris (1871), malgré sa brièveté, adopte des mesures sociales pionnières et incarne la première tentative de République démocratique et sociale.
- Chaque révolution du XIXe siècle emprunte à 1789 sa symbolique (drapeau tricolore, appellation de "citoyens", barricades) tout en posant de nouvelles revendications.
- La dimension européenne et mondiale des révolutions françaises illustre le caractère universel des principes de 1789.