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Le Nouveau Testament et la naissance du christianisme

Le christianisme naît comme mouvement messianique au sein du judaïsme du Ier siècle. Le Nouveau Testament, rédigé entre 50 et 120, fixe par écrit une tradition d'abord orale. La séparation avec le judaïsme se fait progressivement, marquée par la destruction du Temple en 70, tandis que la conversion de Constantin en 312 transforme le christianisme en religion d'État.

Le christianisme naît au sein du judaïsme du Ier siècle comme un mouvement de disciples rassemblés autour de la figure de Jésus de Nazareth. La constitution progressive du Nouveau Testament reflète l'émergence d'une religion nouvelle qui se distingue peu à peu de sa matrice juive.

Jésus, figure historique et théologique

Jésus est un juif né en Galilée vers l'an 6 à 4 avant notre ère (le paradoxe de cette datation provient d'une erreur de calcul du moine Denys le Petit au VIe siècle). Il prêche dans les synagogues et délivre un message centré sur l'amour du prochain et l'avènement du Royaume de Dieu. Jugé à Jérusalem vers l'an 30 devant le sanhédrin (tribunal religieux juif), il est condamné par les autorités romaines sous le préfet Ponce Pilate au supplice de la crucifixion, peine réservée aux esclaves et aux séditieux.

Les sources historiques non chrétiennes sur Jésus sont rares mais significatives. L'historien juif Flavius Josèphe le mentionne dans ses Antiquités judaïques (93-94), bien que le passage dit Testimonium Flavianum ait été en partie interpolé par des copistes chrétiens. L'historien romain Tacite, dans ses Annales (vers 116), évoque "Christus" mis à mort sous Ponce Pilate. Pline le Jeune, dans sa correspondance avec l'empereur Trajan (vers 112), décrit les pratiques des premiers chrétiens en Bithynie.

Du vivant de Jésus, le christianisme en tant que religion distincte n'existait pas. Ce sont ses disciples qui, après sa mort, ont transformé le mouvement messianique en une nouvelle religion. Le terme "chrétien" apparaît pour la première fois à Antioche (Actes des Apôtres 11, 26), lorsque les disciples de Jésus sont ainsi désignés par les populations locales.

La rédaction du Nouveau Testament

Le Nouveau Testament se compose de quatre Évangiles (Marc, Matthieu, Luc, Jean), des Actes des Apôtres, de vingt et une Épîtres (dont treize attribuées à Paul) et de l'Apocalypse de Jean. Sa rédaction s'étale sur environ soixante-dix ans, de 50 à environ 120 de notre ère.

Le premier écrit chrétien conservé est l'Épître aux Thessaloniciens de Paul de Tarse, datée de l'an 50. Paul, juif pharisien converti après une expérience mystique sur le chemin de Damas, joue un rôle décisif dans l'universalisation du message chrétien. Il affirme que la foi en Christ suffit pour le salut, sans qu'il soit nécessaire de se conformer à la Loi juive (circoncision, interdits alimentaires), ouvrant ainsi le christianisme aux non-juifs. Le concile de Jérusalem (vers 49) entérine cette position.

La rédaction des Évangiles débute vers 65 avec celui de Marc, le plus court et probablement le plus ancien. Ceux de Matthieu et Luc (vers 80-85) reprennent largement Marc tout en ajoutant des sources propres, dont une source hypothétique appelée "Q" (de l'allemand Quelle, source) par les exégètes. L'Évangile de Jean, le plus tardif (fin du Ier siècle, début du IIe), se distingue par sa dimension théologique plus élaborée. L'Apocalypse, dernier livre du Nouveau Testament, est rédigée vers 95. Le plus ancien fragment retrouvé du Nouveau Testament, le papyrus P52, date d'environ 125 et est conservé à la John Rylands Library de Manchester (et non à Dublin comme parfois indiqué).

La transmission orale et la mise par écrit

La transmission du message de Jésus a d'abord été exclusivement orale. Les premières communautés chrétiennes vivaient dans l'attente imminente du retour du Christ (la Parousie) et du jugement dernier. Dans cette perspective eschatologique, la mise par écrit semblait inutile puisque le monde devait prochainement disparaître. Ce n'est que lorsque cette attente s'est prolongée et que les témoins oculaires ont commencé à mourir que la nécessité de fixer cette mémoire par écrit s'est imposée.

Les Évangiles ne sont pas des biographies au sens moderne du terme, mais des témoignages de foi répondant à la question fondamentale des premiers chrétiens : "Qui était le Christ ?". Ils ont été rédigés dans des communautés différentes, pour des publics différents, ce qui explique leurs divergences. Le canon du Nouveau Testament, c'est-à-dire la liste des livres reconnus comme inspirés, n'a été définitivement fixé qu'au IVe siècle, lors des conciles d'Hippone (393) et de Carthage (397), excluant de nombreux textes dits apocryphes (Évangile de Thomas, de Pierre, de Marie-Madeleine).

La séparation d'avec le judaïsme

La rupture entre christianisme et judaïsme s'est opérée progressivement. La destruction du Temple de Jérusalem par les Romains en 70 constitue un tournant majeur. Elle affaiblit les judéo-chrétiens (chrétiens d'origine juive restés fidèles à la Loi) et favorise l'essor du christianisme paulinien, ouvert aux païens. Les Évangiles de Matthieu et Luc, rédigés après 70, portent la marque de cet affrontement croissant. La Birkat ha-Minim, malédiction contre les hérétiques intégrée vers 90 dans la prière juive, est traditionnellement interprétée comme visant les judéo-chrétiens, même si cette lecture est aujourd'hui nuancée par les historiens.

La conversion de l'empereur Constantin en 312 et l'édit de Milan (313) accordant la liberté de culte aux chrétiens marquent le basculement du christianisme de religion persécutée à religion d'État. L'édit de Thessalonique (380) sous l'empereur Théodose fait du christianisme nicéen la religion officielle de l'Empire romain.

À retenir

  • Jésus est un juif de Galilée dont les disciples ont fondé une nouvelle religion après sa mort, le christianisme n'existant pas de son vivant.
  • Le Nouveau Testament a été rédigé entre 50 et environ 120, d'abord par Paul (Épîtres), puis par les Évangélistes (Marc, Matthieu, Luc, Jean).
  • La transmission orale a précédé la mise par écrit, retardée par l'attente du retour imminent du Christ (Parousie).
  • Le canon du Nouveau Testament n'a été fixé qu'au IVe siècle (conciles d'Hippone et de Carthage).
  • La séparation entre christianisme et judaïsme s'est opérée progressivement, accélérée par la destruction du Temple en 70 et la conversion de Constantin en 312.
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Références

  • Actes des Apôtres 11, 26 (nom de chrétiens à Antioche)
  • Épître aux Thessaloniciens (Paul de Tarse, 50)
  • Flavius Josèphe, Antiquités judaïques, 93-94 (Testimonium Flavianum)
  • Tacite, Annales, XV, 44 (mention de Christus)
  • Pline le Jeune, Lettres, X, 96 (lettre à Trajan)
  • Édit de Milan, 313
  • Édit de Thessalonique, 380
  • QUESNEL Michel, L'Histoire des Évangiles, 1987
  • Concile de Jérusalem, vers 49

Flashcards (6)

2/5 Dans quel ordre les quatre Évangiles canoniques ont-ils été rédigés ?
Marc (vers 65), Matthieu et Luc (vers 80-85), puis Jean (fin du Ier, début du IIe siècle). Les trois premiers sont dits "synoptiques" car ils présentent de nombreux parallèles.

5 flashcard(s) supplémentaire(s)

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QCM

Quel historien romain mentionne la mise à mort de "Christus" sous Ponce Pilate ?

Quel est le premier Évangile canonique rédigé ?

Quel rôle Paul de Tarse joue-t-il dans l'universalisation du christianisme ?

Quel édit fait du christianisme la religion officielle de l'Empire romain ?

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