Les amendements au centralisme : décentralisation et diversification administrative
Le centralisme administratif a été amendé de deux manières. Territorialement, la décentralisation a conféré aux collectivités territoriales une libre administration, un pouvoir réglementaire et une autonomie financière, renforcés par les réformes successives (lois Defferre, réforme constitutionnelle de 2003, lois RCT, MAPTAM, NOTRe, 3DS), bien que l'État conserve une maîtrise importante. Méthodologiquement, la diversification des organes administratifs — personnes morales de droit privé gérant des services publics, agences, et surtout autorités administratives indépendantes — a atténué le centralisme en créant des structures échappant à la hiérarchie administrative classique.
L'atténuation du centralisme administratif
Le centralisme a été amendé sous l'effet de deux phénomènes : la décentralisation (amendement territorial) et la diversification des organes administratifs (amendement méthodologique).
I. La décentralisation, amendement territorial
A. Définition et principes
- Décentralisation : attribution à des collectivités territoriales disposant d'une autonomie organique des compétences qu'elles sont le mieux à même d'exercer dans leur ressort territorial
- Se fait dans le cadre de l'État unitaire : amende le centralisme sans le remettre pleinement en cause
- Développement timide au XIXe siècle, puis véritable envol avec les lois Defferre de 1982-1984
B. La constitutionnalisation par la réforme du 28 mars 2003
- Rénovation profonde des articles 72 et suivants de la Constitution
- Ajout à l'article 1er du caractère décentralisé de l'organisation de la République
- Collectivités territoriales : communes, départements, régions, collectivités à statut particulier, collectivités d'outre-mer
C. Les attributs des collectivités territoriales
- Libre administration par des conseils élus au suffrage universel direct
- Pouvoir réglementaire propre
- Autonomie financière (mais non fiscale) : possibilité de fixer l'assiette et le taux de certains impôts locaux dans le cadre de la loi
D. Les réformes successives et leurs limites
| Texte | Date |
|---|---|
| Loi RCT | 16 décembre 2010 |
| Loi MAPTAM | 27 janvier 2014 |
| Loi NOTRe | 7 août 2015 |
| Loi 3DS | 21 février 2022 |
- Renforcement et rationalisation des compétences des collectivités
- La loi 3DS ouvre l'ère de la différenciation (prolongement de la décentralisation)
Limites : L'État garde la main à de nombreux égards : - Achèvement à marche forcée de l'intercommunalité (interroge le principe de libre administration) - Compression des marges de manœuvre fiscales (quasi-suppression de la taxe d'habitation → limitation de l'autonomie financière)
II. La diversification administrative, amendement méthodologique
A. L'évolution de la conception de l'État
- État-gendarme (seconde moitié du XIXe) : libéralisme classique, fonctions régaliennes
- État social interventionniste (XXe) : protection sociale, activités économiques érigées en services publics
- État régulateur : héritage passé au tamis du néolibéralisme
B. Les personnes morales de droit privé en charge de missions de service public
- Apparition dans le domaine de la protection sociale
- Reconnaissance par CE, Ass., 13 mai 1938, Caisse primaire Aide et protection
- Extension aux ordres professionnels et aux interventions économiques
- Sociétés à capitaux publics gérant des SPIC, au niveau national et local
- Avantages : souplesse de gestion (personnels de droit privé, comptabilité privée)
C. Le développement des agences
- Définition (étude annuelle du CE, 2012) : organismes publics aux statuts variés, dotés d'une certaine autonomie, assurant une responsabilité structurante dans la conduite d'une politique publique
- Statuts variés : établissements publics, GIP, services à compétence nationale
D. Les autorités administratives et publiques indépendantes (AAI/API)
- Forme la plus aboutie d'agence, degré d'autonomie le plus intense
- S'extraient de la hiérarchie administrative classique
- Exercent leurs missions déconnectées du pouvoir politique
- Domaines d'intervention :
- Régulation économique : Autorité de la concurrence, AMF
- Libertés : Défenseur des droits
- Numérique : CNIL
Point clé : Les AAI/API témoignent d'une atténuation significative du centralisme en échappant au principe hiérarchique.