AdmisConcours

Les agences et les autorités administratives indépendantes (AAI-API)

Les agences, manifestation du new public management, se sont multipliées depuis les années 1990 pour extraire certaines missions de la structure administrative traditionnelle. Les AAI-API en constituent la forme la plus aboutie, dotées d'indépendance vis-à-vis du pouvoir exécutif. Encadrées depuis les lois du 20 janvier 2017, elles sont aujourd'hui au nombre de 24 (7 API dotées de la personnalité morale et 17 AAI) et interviennent dans des domaines variés avec des prérogatives allant du simple avis au pouvoir de sanction.

Les agences et les autorités administratives indépendantes

I. Les agences

A. Présentation générale

Le modèle de l'agence, bien qu'ancien, s'est considérablement développé à compter des années 1990. Il est une manifestation du new public management (nouveau management public) et de l'État dit « postmoderne », en quête de performance et de légitimité dans la gestion publique.

Objectif : extraire la gestion d'une mission administrative de la structure traditionnelle de l'administration, en lui conférant autonomie et organisation présumée plus performante.

Difficulté juridique : les agences empruntent des formes diverses (établissements publics, GIP, services à compétence nationale…), ce qui rend leur appréhension juridique complexe.

B. Identification

Il n'existe pas de définition juridique de l'agence en droit positif. Le Conseil d'État, dans son étude annuelle de 2012 (Les agences : une nouvelle gestion publique ?), retient une définition large :

« Un organisme autonome, exerçant une responsabilité structurante dans la mise en œuvre d'une politique nationale. »

Deux critères :

  1. L'autonomie : à géométrie variable selon la forme juridique et le texte créateur. Certaines agences sont de simples services à compétence nationale, d'autres disposent de la personnalité juridique, d'autres encore bénéficient de l'indépendance (AAI-API).

  2. La responsabilité structurante : l'agence est « l'opérateur exclusif ou très dominant » de la politique publique dont elle est investie.

C. Panorama (exemples par secteur)

Secteur Exemples
Culture CNL, CNC, CNV
Recherche ANR, CNES
Économie AFD, APE, AFE
Santé ANSM, EFS, ARS, INC
Logement ANAH, CNAF

D. L'exemple de l'AFA (Agence française anticorruption)

Créée par la loi Sapin 2 du 9 décembre 2016 :

  • Forme : service à compétence nationale rattaché aux ministères de la Justice et de l'Économie
  • Autonomie : directeur magistrat hors hiérarchie, nommé par le Président de la République pour 6 ans non renouvelable, inamovible, « ne reçoit ni ne sollicite d'instruction d'aucune autorité administrative ou gouvernementale »
  • Mission : prévention et détection de la corruption, prérogatives d'enquête et de sanction

II. Les autorités administratives et publiques indépendantes (AAI-API)

A. Identification et enjeux

Les AAI-API sont la forme la plus structurée et la plus autonome de l'agence. Elles détachent certaines politiques publiques sensibles de la logique administrative verticale.

  • Première AAI : la CNIL, créée par la loi du 6 janvier 1978
  • L'hétérogénéité des statuts a été critiquée par l'étude du Conseil d'État de 2001
  • Encadrement par les lois organique et ordinaire du 20 janvier 2017 (statut général)

Le Conseil d'État (2001) : « la multiplication d'autorités indépendantes au sein même de l'Administration rend sinon impossibles, du moins beaucoup plus complexes » les arbitrages entre intérêts, alors que « la légitimité de l'État tient à ce qu'il demeure le garant de l'intérêt général ».

B. Caractéristiques communes des AAI-API

  1. Elles agissent au nom et pour le compte de l'État (pas de décentralisation)
  2. Elles échappent aux pouvoirs hiérarchiques ou de tutelle traditionnels (indépendance)
  3. Elles disposent d'un pouvoir réglementaire spécial (intensité et champ variables)

C. Pouvoir réglementaire des AAI-API

CC, 17 janvier 1989, Liberté de communication : le pouvoir réglementaire spécial des AAI-API : - Ne doit pas être « trop étendu en raison de sa portée » - Ne doit pas aller « au-delà de mesures de portée limitée tant par leur champ d'application que par leur contenu »

Justification : l'atomisation de la structure administrative ne saurait contrevenir à la dévolution constitutionnelle du pouvoir réglementaire aux institutions exécutives.

D. Statut général (loi du 20 janvier 2017)

  • Règles communes d'organisation et de fonctionnement
  • Dispositions relatives à la déontologie, au personnel, au patrimoine
  • Liste limitative en annexe : 26 AAI-API à l'origine, 24 aujourd'hui après fusions

E. Liste des AAI-API

Les API (7)

Autorités dotées de la personnalité morale de droit public : - AFLD, AMF, ART, ARCOM, HAS, H3C, Médiateur national de l'énergie

Les AAI (17)

Autorités sans personnalité morale : - ACNUSA, Autorité de la concurrence, ARCEP, Autorité nationale des jeux, ASN, CIVEN, CADA, CRE, CSDN, CNCTR, CNIL, CNCCFP, CNDP, CGLPL, Défenseur des droits, HCERES, HATVP

F. Diversité

  • Diversité des statuts : distinction AAI/API (personnalité morale). Le Défenseur des droits a un ancrage constitutionnel (art. 71-1 de la Constitution).
  • Diversité des domaines : régulation économique (secteur historique), protection des droits et libertés, relations citoyens/pouvoirs publics, santé, nucléaire, numérique.
  • Diversité des prérogatives : du simple avis au pouvoir de sanction (quasi-juridictions), en passant par l'édiction d'actes réglementaires.
Partager

Références

  • Conseil d'État, Les agences : une nouvelle gestion publique ?, 2012
  • Conseil d'État, Les autorités administratives indépendantes, 2001
  • Loi Sapin 2 du 9 décembre 2016
  • Loi du 6 janvier 1978 (CNIL)
  • Lois organique et ordinaire du 20 janvier 2017
  • CC, 17 janvier 1989, Liberté de communication
  • Art. 71-1 de la Constitution

Flashcards (8)

2/5 Combien d'AAI-API existe-t-il aujourd'hui et quelle loi fixe leur liste limitative ?
24 AAI-API (7 API et 17 AAI). La liste limitative figure en annexe des lois organique et ordinaire du 20 janvier 2017.

7 flashcard(s) supplémentaire(s)

Créer un compte gratuit

QCM

Combien d'AAI-API la loi du 20 janvier 2017 recensait-elle initialement en annexe ?

L'Agence française anticorruption (AFA) a été créée par :

Le phénomène des agences est généralement rattaché à :

Parmi les autorités suivantes, laquelle est une API (autorité publique indépendante, dotée de la personnalité morale) ?

Selon la décision CC, 17 janvier 1989, Liberté de communication, le pouvoir réglementaire des AAI-API :

Testez vos connaissances

Évaluez votre maîtrise de Droit administratif avec nos QCM interactifs.

Faire le QCM Droit administratif

Fiches connexes

Les règles législatives de répartition des compétences juridictionnelles

Le législateur répartit les compétences entre les deux ordres de juridiction soit directement (attribution explicite), soit indirectement (par qualification d'un acte). Le juge administratif est compétent notamment pour les travaux publics, les impôts directs et les sanctions de certaines AAI-API. Le juge judiciaire est compétent pour les dommages causés par les véhicules, les impôts indirects et les décisions de l'Autorité de la concurrence relatives aux pratiques anticoncurrentielles.

Le Tribunal des conflits : organisation et saisine

Le Tribunal des conflits, juridiction paritaire composée de 4 magistrats de la Cour de cassation et 4 membres du Conseil d'État, assure la répartition des compétences entre les deux ordres juridictionnels. Depuis la réforme de 2015, il n'est plus présidé par le Garde des sceaux mais par l'un de ses membres élu pour 3 ans en alternance. Il intervient tant en prévention (déclinaison de compétence, difficulté sérieuse) qu'en résolution des conflits (positif, négatif, contrariété de décisions au fond).

La compétence de la juridiction administrative : cadre constitutionnel et critères jurisprudentiels

La compétence de la juridiction administrative repose sur un cadre constitutionnel (CC, 1987, Conseil de la concurrence : PFRLR de la compétence du juge administratif pour l'annulation des actes pris dans l'exercice de prérogatives de puissance publique), tempéré par des exceptions (matières réservées au juge judiciaire, bonne administration de la justice). Les critères jurisprudentiels de répartition, fondés initialement sur le service public (TC, 1873, Blanco ; CE, 1903, Terrier), sont devenus pluriels. La voie de fait (TC, 2013, Bergoend) et l'emprise irrégulière (TC, 2013, Panizzon) ont vu leur périmètre considérablement réduit au profit du juge administratif.

Partager :

Cette fiche vous a été utile ?

Créez un compte gratuit pour accéder aux QCM complets, suivre votre progression et recevoir les notes de préparation.