Méthodologie d'identification d'une dynamique chinoise anormale sur les marchés tiers
Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan a conçu une méthodologie reposant sur quatre indicateurs de vigilance (gain de parts de marché chinois, perte européenne, facteur multiplicatif, accélération) évalués par fenêtre mobile de cinq ans avec un seuil d'alerte d'un demi écart-type. L'agrégation en quatre niveaux d'alerte permet d'estimer la part des exportations européennes menacée par une dynamique chinoise anormale. L'indicateur présente un caractère prédictif avéré : les secteurs allemands les plus exposés ont subi des décrochages allant jusqu'à 7 points de parts de marché en dix ans.
Contexte et objectif
Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan (février 2026) a élaboré une méthodologie statistique pour identifier de manière objective les progressions anormales des exportations chinoises sur les marchés tiers, menaçant les parts de marché des exportateurs européens.
L'analyse porte sur la période 1995-2023.
Les quatre indicateurs de vigilance
Quatre indicateurs sont retenus pour caractériser une dynamique préoccupante :
- Gain de parts de marché de la Chine — mesuré en points de pourcentage
- Perte de parts de marché des exportateurs européens concurrents — effet miroir du premier indicateur
- Facteur multiplicatif des parts de marché chinoises — mesure l'ampleur relative de la progression (ex. : passage de 0,5 % à 2 % = facteur ×4)
- Accélération de la prise de parts de marché chinoises — détecte un changement de régime dans la dynamique
Méthode : comparaison dynamique interne et fenêtre mobile
L'approche repose sur la dynamique propre à chaque pays exportateur, et non sur une comparaison avec un pays de référence externe.
Principe de la fenêtre mobile
- Pour chaque pays européen, chaque secteur et chaque marché tiers, la dynamique observée à une date donnée est comparée à la distribution des évolutions enregistrées par ce même pays au cours des cinq années précédentes
- Exemple : la dynamique observée en 2020 est évaluée au regard de celle observée sur la période 2015-2020, puis la fenêtre est décalée d'une année
- Cette méthode tient compte de l'hétérogénéité des performances exportatrices entre pays et secteurs
Identification des ruptures statistiques
- L'évolution observée pour la Chine est comparée, année par année, à la distribution historique issue de la fenêtre mobile
- Seuil d'alerte : dépassement d'au moins un demi écart-type (½σ) par rapport à la distribution historique
- Ce seuil permet de capter également les signaux faibles
- Les tests sont menés secteur par secteur et pays par pays, pour les quatre indicateurs
Agrégation et niveaux d'alerte
Les exportations européennes sont agrégées par secteur selon le nombre d'indicateurs dépassant le seuil :
| Niveau | Nombre d'indicateurs au-dessus de ½σ |
|---|---|
| Niveau 1 | 1 indicateur |
| Niveau 2 | 2 indicateurs |
| Niveau 3 | 3 indicateurs |
| Niveau 4 | 4 indicateurs |
Cette grille permet d'estimer la part des exportations européennes exposée à une dynamique chinoise anormalement forte, en tenant compte de l'intensité et de la convergence des signaux.
Caractère prédictif de l'indicateur
L'indicateur a été évalué rétrospectivement : des niveaux élevés observés par le passé sont associés, dans les années suivantes, à des pertes accrues de parts de marché des exportateurs européens.
Résultats pour les exportateurs allemands (Tableau A1)
| Tranche de risque | Décrochage à 5 ans (pts %) | Décrochage à 10 ans (pts %) |
|---|---|---|
| 0 %-30 % | -1,3 pt | -2,7 pts |
| 30 %-60 % | -2,7 pts | -5,8 pts |
| 60 %-100 % | -4,0 pts | -7,0 pts |
Lecture : pour les secteurs allemands dont entre 30 % et 60 % des exportations sont dirigées vers des marchés caractérisés par une forte agressivité commerciale de la Chine, la perte moyenne de parts de marché atteint 2,7 points à cinq ans et 5,8 points à dix ans.
Les secteurs manufacturiers allemands historiquement les plus exposés à la concurrence chinoise sont ceux qui ont enregistré les décrochages commerciaux les plus marqués.
Source : BACI, calculs des auteurs