La protection des espaces maritimes et les enjeux du développement durable océanique
La protection des espaces maritimes constitue un défi majeur face à la surexploitation halieutique, la pollution plastique et par hydrocarbures, et les effets du changement climatique sur les océans. La création d'aires marines protégées, le renforcement des réglementations internationales et l'émergence de nouveaux acteurs de la société civile dessinent les contours d'une gouvernance océanique renouvelée.
La pression croissante exercée sur les écosystèmes marins par les activités humaines fait de la protection des océans l'un des défis environnementaux majeurs du XXIe siècle. Entre surexploitation des ressources halieutiques, pollution plastique, acidification liée au changement climatique et dégradation des milieux côtiers, les océans subissent des atteintes multiples qui appellent une gouvernance renouvelée.
La surexploitation des ressources halieutiques
Selon la FAO, environ un tiers des stocks de poissons mondiaux sont surexploités, tandis que 60 % sont exploités au maximum de leur capacité durable. Cette situation résulte de l'intensification de l'effort de pêche, de l'utilisation de techniques de plus en plus performantes (chaluts de fond, sennes tournantes, palangres industrielles) et de l'insuffisance des mécanismes de régulation.
La gestion des pêcheries génère des tensions géopolitiques considérables. La Chine a coulé des chalutiers vietnamiens en mer de Chine méridionale en 2014 et 2015, tout en ayant promulgué un moratoire unilatéral de pêche en 2001 dans les eaux qu'elle considère comme siennes. En Arctique, la fonte de la banquise ouvre de nouvelles zones de pêche, suscitant des inquiétudes quant à une exploitation incontrôlée. L'action de l'ONG Greenpeace a permis d'obtenir en 2016 un accord gelant les aires de pêche au chalut autour de l'archipel du Svalbard dans les mers de Barents et de Norvège.
L'Union européenne a interdit la pêche en eau profonde en 2017, reconnaissant le caractère particulièrement destructeur du chalutage profond pour les écosystèmes benthiques. La politique commune de la pêche (PCP) tente d'imposer des quotas (totaux admissibles de captures) mais leur efficacité reste contestée. Le chercheur Julien Noël a mis en évidence le phénomène d'"altermondialisation halieutique", soulignant que les quotas peuvent aboutir à une forme de privatisation des pêcheries au détriment des petits pêcheurs artisanaux.
La pollution marine, un fléau multiforme
Les océans sont devenus le réceptacle de pollutions multiples. La pollution plastique constitue le phénomène le plus visible : on parle d'un "continent de plastique" ou "océan de plastique" pour désigner les gyres de débris accumulés dans les cinq principaux vortex océaniques, dont le plus important se situe dans le Pacifique Nord. Selon le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE), huit millions de tonnes de plastique sont rejetées dans les océans chaque année.
La pollution par les hydrocarbures provient de sources multiples : marées noires accidentelles, dégazages illégaux, rejets industriels et ruissellement terrestre. L'explosion de la plateforme Deepwater Horizon du groupe BP en avril 2010 dans le golfe du Mexique a constitué la pire marée noire de l'histoire américaine. Onze travailleurs ont péri, et BP a dû verser 61 milliards de dollars de dommages et réparations. Cette catastrophe a mis en lumière les risques de l'exploitation pétrolière offshore en eaux profondes et a conduit le président Obama à sanctuariser en décembre 2016 de vastes zones de la ZEE américaine pour y interdire l'exploration pétrolière.
La convention MARPOL (1973, amendée en 1978) constitue le principal instrument juridique international de lutte contre la pollution par les navires. L'Organisation maritime internationale (OMI), créée en 1948, coordonne la réglementation internationale en matière de sécurité maritime et de prévention de la pollution.
À l'échelle locale, des pollutions industrielles peuvent avoir des conséquences durables. Le cas des boues rouges rejetées en Méditerranée par l'usine d'alumine Alteo à Gardanne (anciennement Pechiney) depuis 1963 illustre la difficulté de concilier intérêts industriels et protection du milieu marin. Malgré une pétition de 350 000 signataires, l'entreprise a obtenu des autorisations de rejet de mercure et de titane en mer.
Les aires marines protégées, outil de conservation
La création d'aires marines protégées (AMP) constitue l'un des principaux instruments de conservation des écosystèmes marins. L'objectif fixé par la Convention sur la diversité biologique est de protéger 30 % des espaces marins d'ici 2030 (objectif "30x30" adopté à la COP15 de Montréal en 2022). En 2016, la sanctuarisation de la mer de Ross en Antarctique, décidée par les États-Unis et la Nouvelle-Zélande, a créé la plus grande AMP du monde, interdisant tout prélèvement (y compris la pêche) pour 35 ans. En 2021, les îles Glorieuses (canal du Mozambique) sont devenues la 170e réserve naturelle nationale française.
La France, grâce à l'étendue de sa ZEE, a un rôle particulier à jouer. Le Grenelle de la mer (2009) a posé les bases d'une politique nationale ambitieuse en matière de protection marine. Le Parlement de la mer, lancé en 2013 en Occitanie, cherche à concilier développement économique et protection environnementale, notamment par le soutien à l'éolien offshore flottant.
Le changement climatique et les océans
Les océans absorbent environ 30 % du CO2 émis par les activités humaines, ce qui provoque une acidification progressive des eaux marines menaçant les organismes calcifiants (coraux, mollusques, crustacés). Ils absorbent également plus de 90 % de l'excès de chaleur lié à l'effet de serre, entraînant une élévation du niveau de la mer, une modification des courants océaniques et un recul de la banquise.
La couverture mondiale de glace a reculé de plus de 3 millions de km² depuis 2016 par rapport à la moyenne 1981-2010. Les accords de Paris (COP21, 2015) et les objectifs de développement durable de l'ONU (ODD 14 : "Vie aquatique") fixent un cadre pour la réduction des émissions, mais leur mise en oeuvre demeure insuffisante. L'initiative "ceinture bleue" lancée à la COP22 de Marrakech (2016) par le Maroc promeut le concept de "croissance bleue", visant à concilier exploitation durable des ressources marines et préservation des écosystèmes.
Les nouveaux acteurs de la protection océanique
La société civile joue un rôle croissant dans la protection des océans. L'ONG Sea Shepherd, dirigée par Paul Watson, a engagé des moyens considérables dans la lutte contre le braconnage et la pêche illégale, déployant notamment son vaisseau amiral l'Ocean-Warrior contre les baleiniers japonais. Olivier Dubuquoy a fondé la Nation Océan en 2015, initiative citoyenne visant à créer une entité juridique pour représenter les intérêts de l'océan, partant du constat que celui-ci n'appartient à personne et n'a jamais été formellement revendiqué en tant que tel.
Ces mouvements s'inscrivent dans une tendance plus large de reconnaissance des droits de la nature, illustrée en droit comparé par l'attribution de la personnalité juridique à des fleuves (le Whanganui en Nouvelle-Zélande en 2017) ou à des écosystèmes (la forêt amazonienne colombienne par la Cour suprême en 2018).
À retenir
- Un tiers des stocks de poissons mondiaux sont surexploités et 60 % sont exploités à leur maximum durable (FAO).
- La catastrophe de Deepwater Horizon (2010) a coûté 61 milliards de dollars à BP et a mis en lumière les risques de l'exploitation pétrolière offshore.
- L'objectif international "30x30" vise à protéger 30 % des espaces marins d'ici 2030 (COP15 de Montréal, 2022).
- Les océans absorbent 30 % du CO2 et 90 % de l'excès de chaleur, ce qui provoque acidification et élévation du niveau de la mer.
- De nouveaux acteurs (ONG, société civile, lanceurs d'alerte) jouent un rôle croissant dans la protection maritime, aux côtés des États et des institutions internationales.