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Politique de défense 17/03/2026

La coalition internationale anti-Daech : de l'opération Inherent Resolve à la transition stratégique

Genèse de la coalition. Le 29 juin 2014, après une avancée éclair en Irak et en Syrie, Abou Bakr al-Baghdadi proclame le califat de l'État islamique depuis Raqqa. Face à l'urgence, le 8 août 2014, les États-Unis lancent des frappes aériennes en Irak, trois ans après leur retrait du pays. Le 15 octobre, le Pentagone baptise l'intervention « Inherent Resolve » (Détermination absolue). L'opération rassemble 80 pays et 5 organisations internationales, ce qui en fait l'une des coalitions militaires les plus larges de l'histoire contemporaine, coordonnée par une force opérationnelle multinationale (Combined Joint Task Force – Operation Inherent Resolve, CJTF-OIR) dirigée par les États-Unis depuis la base aérienne d'Al Udeid au Qatar.

Le volet français : l'opération Chammal. Lancée le 19 septembre 2014, l'opération Chammal représente le volet français de l'opération Inherent Resolve. 600 militaires français sont déployés au Levant dans ce cadre, articulés autour de deux piliers : un pilier « appui » (soutien militaire aérien et maritime aux forces de sécurité irakiennes) et un pilier « conseil » (accompagnement vers l'autonomie). Des officiers français sont présents au sein des structures de niveau stratégique, opératif et tactique, la France participant activement à l'élaboration de la stratégie militaire contre Daech.

Le fondement juridique. La coalition anti-Daech repose sur un fondement juridique composite. En droit international, elle s'appuie sur la demande d'assistance du gouvernement irakien (consentement de l'État territorial) et sur les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU, notamment la résolution 2249 (2015) qui, sans constituer une autorisation formelle au titre du chapitre VII, appelle les États à prendre « toutes les mesures nécessaires » contre Daech. En droit français, l'intervention relève de l'article 35 de la Constitution : le Parlement a été informé dans les trois jours, puis a autorisé la prolongation de l'opération au-delà de quatre mois. L'opération Chammal est qualifiée d'OPEX par arrêté interministériel, ouvrant aux militaires le régime protecteur de l'article L. 4123-4 du code de la défense.

L'évolution vers la transition. Depuis le 1er janvier 2022, les forces de la Coalition en Irak ne conduisent plus d'opérations militaires au sol. Les missions ont évolué vers des activités de conseil, d'assistance et d'autonomisation. Le Pentagone a annoncé le 27 septembre 2024 la fin de l'opération Inherent Resolve, déclarant que l'État islamique « est vaincu, mais n'est pas éliminé et demeure une menace pour la région et au-delà ». Le plan de transition prévoit l'achèvement du retrait des forces coalisées des bases irakiennes le 1er septembre 2025 et la clôture des opérations militaires en Syrie le 1er septembre 2026. La présence française se maintient toutefois dans le cadre de partenariats bilatéraux, notamment le traité stratégique franco-irakien signé en janvier 2023.

L'impact du conflit iranien de 2026. La guerre déclenchée le 28 février 2026 entre les États-Unis/Israël et l'Iran a bouleversé ce calendrier de transition. Le 12 mars 2026, une attaque de drone a visé une base militaire kurde de la région d'Erbil où des militaires français étaient déployés, faisant sept blessés et tuant l'adjudant-chef Arnaud Frion. Cet événement illustre la porosité entre les théâtres d'opération : les militaires français déployés au titre de la lutte anti-Daech se retrouvent exposés aux retombées d'un conflit interétatique régional d'une tout autre nature.

Enjeux pour les concours. La coalition anti-Daech soulève plusieurs problématiques transversales. En droit international public : le fondement juridique des interventions militaires (légitime défense collective, consentement de l'État territorial, résolutions du Conseil de sécurité) et la question de l'intervention en Syrie (sans consentement du gouvernement syrien). En droit constitutionnel français : l'articulation entre la décision présidentielle d'engagement et le contrôle parlementaire (art. 35), et la marge de manœuvre de l'exécutif dans la qualification d'OPEX. En politique de défense : la capacité française de projection de forces en autonomie et en coalition, la tension entre l'engagement au Levant et le pivotement vers le flanc est de l'OTAN, et la question de l'« irakisation » des opérations (transfert de responsabilité aux forces locales). Enfin, en relations internationales : la coalition anti-Daech est un exemple paradigmatique de multilatéralisme ad hoc, distinct du cadre onusien classique comme de l'OTAN, et dont la pérennité est mise en question par les divergences stratégiques entre ses membres, exacerbées par le conflit iranien de 2026.

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